Werner Best, un nazi de l'ombre

Les éditions Tallandier publient une traduction française de la biographie de Werner Best, un dignitaire nazi méconnu, mais dont le rôle a pourtant été considérable, principalement dans l’organisation du système policier.

(L'Echo) - Idéologue de la SS, Werner Best (1903-1989) est un homme de l’ombre du régime nazi, mais dont le rôle a pourtant été considérable. La biographie monumentale de Werner Best publiée en Allemagne en 1996 par Ulrich Herbert est devenue une œuvre de référence qui a profondément marqué l’historiographie allemande du national-socialisme. C’est cet ouvrage que les éditions Tallandier proposent aujourd’hui en version française.

Dès les années 1920, Werner Best (en uniforme sur la photo) s’engage dans les mouvements de jeunesse d’extrême droite et devient un compagnon de route d’Ernst Jünger. C’est en tant que juriste de talent et organisateur méticuleux qu’il est chargé de rationaliser les fonctionnement des polices du régime et de légitimer les pratiques d’occupation. Il devient administrateur en France occupée puis plénipotentiaire du Reich au Danemark.

C’est là que l’application de ses thèses sur les différents types d’occupation que l’Allemagne nazie devait mener le fit s’opposer aux autorités du Reich à Berlin, ce qui a donné de lui l’impression d’un homme moins enragé que ses maîtres, notamment sur la question juive.

Une seconde carrière dans l'industrie

Cette circonstance atténuante lui valut – à tort comme le démontre Herbert - de passer à travers les mailles du filet lors des grands procès de Nuremberg et, finalement, d’être libéré après quelques années de prison au Danemark. Revenu en Allemagne, il entame une seconde carrière dans l’industrie. Mais il occupe l’essentiel de sa retraite à coordonner les stratégies de défense et des anciens dignitaires nazis lors des procès de dénazification et à justifier ses analyses.

Il allait être lui-même rattrapé par la justice à propos de sa participation aux crimes nazis - dont la Nuit des Longs Couteaux, les agissements de la Gestapo et des Einsatzgruppen en Pologne - lorsqu’il mourut dans son lit à l’âge de 86 ans.

Ulrich Herbert ne tente pas seulement de retracer le parcours intellectuel et politique de Werner Best. Il donne également à comprendre le comportement et l’idéologie de toute une génération, dont Best peut être considéré comme l’archétype. Cette génération, c’est celle de jeunes gens cultivés, diplômés, qui ont occupé des postes de décision au sein du troisième Reich et ont directement participé à l’entreprise de mort nazie.

Jean-Paul Bombaerts

«Werner Best, un nazi de l’ombre», Ulrich Herbert, éditions Tallandier, 600 pages, 32 euros

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