Yiwu, capitale chinoise de la "Route de la soie" du XXIe siècle

Située à 300 km au sud de Shanghai, cette ville de deux millions d'habitants attire plus de 200.000 commerçants arabes chaque année. Plus de 1,7 million de produits sont vendus chaque année, depuis des sacs à dos pour les enfants jusqu'aux biens électroniques, parmi lesquels des imitations de iPods, en passant par des poêles anti-adhésives.

(afp) - L'odeur des pipes à eau se mélange à celle des brochettes d'agneau grillées dans ce restaurant arabe de Yiwu, principal marché de gros de Chine : les marchands du Proche-Orient y font revivre la "Route de la Soie" à l'heure du "Made in China".

Située à 300 km au sud de Shanghai, cette ville de deux millions d'habitants attire plus de 200.000 commerçants arabes chaque année.

"La Chine devient plus facile, les gens qui ne parlent ni le chinois ni l'anglais peuvent venir ici maintenant", souligne Ashraf Shahabi, 29 ans, propriétaire d'Al-Arabi, un des nombreux restaurants arabes de Yiwu.

Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, les Etats-Unis et l'Europe avaient renforcé le contrôles des visiteurs en provenance des pays arabes, mais la Chine a facilité l'obtention de visas, explique Ben Simpfendorfer, économiste en chef de la Royal Bank of Scotland en Chine, qui s'intéresse aux relations entre le pays asiatique et les nations arabes.

Les responsables de Yiwu sont allés plus loin. Pour promouvoir leur immense marché de gros, ils ont soutenu l'ouverture d'une mosquée et d'écoles pour la communauté arabe estimée à 3.000 résidents permanents.

Shahabi a été le témoin de cette évolution. Il a quitté la Jordanie en 2002 pour venir travailler dans le restaurant de son oncle, l'un des rares établissements de ce genre à l'époque.

Il a appris le mandarin, a commencé à faire des affaires et s'est marié à une Chinoise, qui s'est convertie à l'islam.
Les Afghans ont été les premiers à s'installer dans la ville, pour fuir la guerre civile dans leur pays, suivis par des Irakiens après l'invasion américaine.

Selon Shahabi, les liens entre les deux régions, sur fond de montée des prix du pétrole, n'ont fait que se renforcer.

"Tout ça s'explique par Futian", dit-il, désignant le célèbre marché de gros de Yiwu.

"C'est le plus grand marché au monde. La qualité n'est pas terrible, mais les prix sont très intéressants", souligne-t-il.

C'est une véritable ville, avec sa superficie de quatre millions de m2.

Selon les responsables de la municipalité, même en ne s'y arrêtant que trois minutes, il faudrait un an pour visiter les plus de 62.000 stands.

Plus de 1,7 million de produits sont vendus chaque année, depuis des sacs à dos pour les enfants jusqu'aux biens électroniques, parmi lesquels des imitations de iPods, en passant par des poêles anti-adhésives.

"C'est un pays en soi", lance Bashar Wehebe, un commerçant libanais, qui attend d'examiner un modèle de petite cuillère.
Yiwu mise sur la multitude de petits marchands comme Wehebe, plutôt que sur les gros distributeurs comme Carrefour ou Wal-Mart, même si ceux-ci achètent cent fois plus.

Agé de 28 ans, il est venu pour la première fois ici il y a cinq mois et il en est déjà à sa troisième visite.
Cette fois, il prévoit de remplir trois conteneurs avec jusqu'à 500 différents articles.

Des guides et traducteurs chinois jouent les intermédiaires.

Lorsqu'ils recrutent, plus de 60% des commerçants chinois de Yiwu demandent d'ailleurs des compétences en arabe, selon une enquête citée l'année dernière par un quotidien.

"La plupart des écoles locales proposent des classes d'arabe", explique Ma Chunzhen, l'imam de la mosquée.
Le lieu, une ancienne usine, a été offert par la municipalité en 2004 et des musulmans chinois et étrangers ont participé aux frais de rénovation, dit-il.

"Lorsque nous avons ouvert, une centaine de personnes assistaient à la prière du vendredi. Après nous avons eu 1.000, puis 2.000 personnes, aujourd'hui nous en sommes à 6.000", affirme Ma.

"Yiwu montre bien que les relations entre la Chine et le Proche-Orient sont largement le fait d'individus", relève Simpfendorfer, auteur du livre "La Nouvelle Route de la Soie".

"On a tendance à croire qu'il n'y a que le pétrole dans leurs relations commerciales, ce n'est pas vrai", ajoute-t-il.

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