leading story

Chacun cherche sa femme

©WAW

Danse | Dans "Waw", sa nouvelle création au Varia, Thierry Smits exhibe onze hommes peu vêtus en quête de leur… féminité. Waouw!

Jouissif hasard des calendriers, à quelques jours du début du Mondial: ces embrassades mâles, ces échanges de maillots plein de sueur, ces index levés vers la foule, en signe de victoire, tous ces gestes hautement ridicules des dieux du stade, ouvrent, dans une débauche de testostérone, "Waw", pour "We Are Women", la nouvelle création du décapant chorégraphe limbourgeois, Thierry Smits.

Onze hommes, donc, comme dans une équipe de foot. Qui sautent de joie, font les bébêtes au ralenti, vocifèrent sans un son sous la douche des vestiaires. Onze messieurs tout nus, aux corps luisants, tatoués et/ou poilus. Et qui, tour à tour, vont progressivement larguer leur encombrante virilité pour constituer une communauté de sorcières transgenres, engagées dans un diabolique sabbat… dont le dénouement n’est pas décemment narrable en ces pages – mais mon dieu, comme on en fait, des choses, avec un balai!

Du sexe fort au beau sexe

Entre ces deux pôles, Smits, 55 ans, invite les danseurs décomplexés de la compagnie Thor à mimer toutes les attitudes qui distinguent les sexes humains. Y aurait-il plusieurs façons (une masculine, une féminine, une dans l’entre-deux) de rire, de pleurer, de marcher, de croiser les jambes, d’enfiler un jean? Évidemment. Mais de s’épiler les dessous de bras? De consoler ses pairs? De rouler dans un lit? De faire caca?

Sans s’empêtrer dans la trivialité, sans trop imposer à ces formidables garçons les clichés du travelo en shorty de dentelles, le chorégraphe part à la recherche de ce qui fait de nous soit l’un, soit l’autre – ou, le plus souvent, un peu des deux. Ses tableaux ne sont pas tous roses: dans les poses, il est question de harcèlement, de sadomasochisme ou d’homophobie. Mais aussi de maternité, de séduction, de sollicitude, ravivées tantôt en des flashes très fugaces, tantôt avec une insistance à dessein exagérée.

On rit beaucoup à l’évocation de ce que nous sommes ou avons été, des femelles aguicheuses ou chichiteuses, ou des grands gamins qui, pour jouer à la fille, s’amusent encore, parfois, à coincer leur floche entre leurs cuisses. Pourtant, si étrange soit la trajectoire, glisser, en une heure dix, de l’univers des fanas du ballon rond à celui des succubes, donne un sens incontestable à la performance. Passer du sexe dit fort à celui dit beau, c’est, selon Smits, quitter la puissance pour aller vers l’esthétique. Ce qui revient, en quelque sorte, à préférer l’art à la guerre…

"Waw", jusqu’au 16/6, au théâtre Varia, à Bruxelles.

Contenu sponsorisé

Partner content