edito

Le prix de l'Etat providence

Jean-Paul Bombaerts

Le Belge a fini de payer ses impôts depuis hier

Ainsi donc, depuis hier, vous avez terminé de payer vos impôts et vous pourrez enfin commencer à profiter des fruits de votre travail jusqu’à la fin de l’année. Telle est la lecture que propose l’Institut Molinari, think-tank libéral franco-belge et promoteur du "Tax Freedom Day". L’exercice est simple: on rapporte la pression fiscale – 56% dans le cas de la Belgique – sur les 365 jours de l’année et on obtient le 27 juillet comme jour de "libération fiscale". La Belgique se classe ainsi avant-dernière de la classe européenne et évite de justesse le bonnet d’âne qu’elle laisse à la France. Pas glorieux.

Reste à voir si l’exercice tient bien la route. Vouloir comparer la Belgique avec la Slovaquie ou la Lettonie, des pays où la sécurité sociale est à tout le moins rudimentaire, n’est pas très pertinent. L’exercice devrait se limiter à l’Europe de l’Ouest et du Nord, là où la social-démocratie est bien ancrée.

Plus fondamentalement, il faut évaluer ce que le contribuable reçoit en retour en services collectifs. L’enseignement – y compris universitaire – est pratiquement gratuit. Et si les soins de santé sont appréciés par la population, c’est parce qu’ils sont accessibles et de qualité.

Tout ceci ne dispense pas d’évaluer si les deniers publics sont correctement utilisés et de traquer la fraude. Tel est l’enjeu du débat actuel sur la gouvernance. Sur ce plan, bien des choses peuvent être améliorées. Car du gaspillage d’argent public, il y en a. Mais à supposer que l’on supprime le Sénat, les provinces, la Communauté française, quelques dizaines d’intercommunales et quelques milliers de fonctionnaires, ce n’est pas avec cela que l’on va réduire la pression fiscale de 10%. Tout au plus gagnera-t-on quelques milliards d’euros à la marge. Alors que les pensions, ce sont 40 milliards par an et les soins de santé, 23 milliards. Pas sûr que le citoyen apprécierait si un gouvernement avait l’idée d’économiser massivement sur les soins de santé. Tel est le prix de l’Etat providence.

Sauf à vouloir changer radicalement de modèle de société, le contribuable belge est condamné à continuer à payer beaucoup d’impôts.

Contenu sponsorisé

Partner content