1
agora

Trois chantiers pour faire décoller nos start-ups

Les Belges sont par nature réticents à l’idée de prendre des risques. ©AFP

Une start-up est généralement définie comme une jeune entreprise innovante à fort potentiel, encore non rentable. Toutes ne parviennent pas à grandir.

 Le cap décisif est donc celui de la croissance. Une scale-up est une start-up qui s’est développée en taille, en valeur, par ses profits et le nombre de personnes employées. Au stade suivant, les scale- ups deviennent des "scalers" capables delever plus 100 millions de dollars. Le stade ultime est celui de la licorne, à savoir un "scaler" valorisé plus d’un milliard de dollars. En Belgique, l’environnement permettant l’essor et la croissance des start-ups n’est pas assez dynamique.

L’Europe compte actuellement 86 scalers, dont 11 en France, 15 en Allemagne et… zéro en Belgique. Les autres pays dont la population avoisine la nôtre font beaucoup mieux: sept scalers en Suède, trois aux Pays-Bas et une au Luxembourg. Pour le moment, notre pays n’a donc pas de "scaler". Comment palier ce problème?

Chantier n° 1: la mentalité conservatrice

Le niveau d’ambition reste problématique. Les Belges sont par nature conservateurs et sont réticents à l’idée de prendre des risques. Selon l’indicateur annuel Rising Star Monitor de Vlerick & Deloitte, les entreprises souffrent effectivement d’un certain manque d’ambition. La moitié des organisations interrogées, surtout des sociétés issues du secteur des technologies de l’information, ont indiqué qu’elles n’avaient pas l’intention de croître.

Les entreprises dont les ambitions de croissance sont faibles estiment qu’elles seront en mesure d’embaucher deux personnes à temps plein d’ici cinq ans, et que leur chiffre d’affaires augmentera de 1,9 million d’euros. Les entreprises plus ambitieuses prévoient d’engager 29 personnes et une croissance de leur chiffre d’affaires de 8,7 millions.

En Belgique, il n’est pas rare de voir trois ou quatre entreprises se faire concurrence sur le marché belge. C’est du gaspillage. Dans ce cas, leurs prix baissent et leurs marges s’étiolent. Des start-ups de ce genre feraient mieux d’unir leurs forces et d’envisager la poursuite de leur développement à l’échelle internationale. Il faut que les viviers d’entreprises et autres incubateurs en aient conscience.

Ce manque d’ambition est plus dangereux qu’il n’en a l’air. Dans les autres pays, les start-ups ont l’international dans leur ligne de mire dès leur création. Cette mentalité leur permet de croître plus rapidement et de repousser la concurrence.

Chantier n° 2: l’écosystème

Le retard dans l’essor des "scalers" belges a une deuxième origine: l’absence d’écosystème véritablement propice à la croissance des start-ups. Ces "second generation entrepreneurs" se faisant rares, le processus de croissance est un peu plus difficile et plus lent. Quand il est possible de compter directement sur des entrepreneurs qui sont déjà passés par là, de nombreuses erreurs sont évitées et on économise beaucoup plus de temps. En effet, lorsqu’elles disposent d’un réseau déjà existant, les entreprises dont la réussite est la plus évidente parviennent à gagner du temps.

Le Rising Star Monitor le confirme et considère cet aspect comme un facteur de croissance: les ambitions de croissance d’une entreprise dépendent de ses fondateurs et de leur capacité à bien s’entourer. Ces choix ont une influence sur le financement: ceux qui entretiennent des contacts avec les partenaires d’un fonds devront surmonter moins d’obstacles que ceux qui sont obligés de rester dans des limites budgétaires. Celui qui doit passer par le directeur de l’agence bancaire du coin perdra des semaines et des mois par rapport à celui qui peut présenter en quelques mots son produit au CIO d’une grande banque.

Les mêmes règles sont d’application si vous souhaitez vous lancer à l’étranger ou gonfler vos ventes. Vous gagnerez beaucoup plus de temps en vous tournant vers des entrepreneurs et des investisseurs chevronnés. Les scale-ups perdent parfois six mois, lorsque leur première équipe de vente en Chine ou aux États-Unis semble être perdue.

Chantier n° 3: les fonds de capital à risque

Les entreprises belges sont également confrontées à une limite en termes d’accès aux capitaux. Non pas que la Belgique ne possède pas de fonds, nous en avons même un certain nombre, mais ils sont trop petits pour donner un coup de pouce à nos scale-ups. La plupart des fonds de placement ne disposent que de 75 à 100 millions d’euros, alors que les montants dont les scale-ups ont besoin ne cessent de croître et continueront de gonfler.

Si un fonds britannique agite un chèque d’une cinquantaine de millions d’euros, vous seriez fou de vouloir à tout prix maintenir votre centre de décision en Belgique. C’est ainsi que notre pays a "perdu" les scale-ups Silverfin et Collibra, au profit de Londres.

Bonne nouvelle, les autorités s’attellent désormais à créer un superfonds, baptisé Growth Fund-of-Fund, pour appuyer l’écosystème des scale-ups. Cette mesure est certainement un pas dans la bonne direction. Idéalement, nous devrions aller vers une situation où nous aurons plusieurs fonds d’investissement riches en capitaux, gérant chacun plusieurs centaines de millions d’euros.

De nombreuses jeunes entreprises belges sont dorlotées en apparence, mais pour mieux mourir à petit feu et sans penser un instant à l’international. D’où mon appel à nos start-ups: dès le premier financement, misez sur l’étranger pour vous développer à l’international, et insérez-vous dans un écosystème.

Par Jorgen Ingels, Cofondateur de B-Hive & fondateur de Scale-Ups.eu

Contenu sponsorisé

Partner content