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Après l’attentat de New York

L’attentat de New York, nouvelle illustration du fanatisme inhumain des sectateurs de l’Etat islamique, montre aussi la faiblesse paradoxale des mesures de restriction des libertés dans la lutte contre le terrorisme, écrit Laurent Joffrin dans le journal Libération. Donald Trump, après bien d’autres, pense qu’en refermant un peu plus les frontières, il limitera les risques d’attaque. Mais l’auteur de la tuerie de Manhattan était aux Etats-Unis depuis 2010 et, de toute manière, son pays d’origine, l’Ouzbékistan, ne figurait pas sur la liste des pays suspects dressée par l’administration Trump. Ainsi le théorème implicite sur lequel se fonde le discours de la fermeté révèle encore une fois ses limites: non, le recul des libertés n’assure en rien le progrès de la sécurité. L’Etat est évidemment fondé à accroître les moyens de lutte dont il dispose pour combattre le terrorisme. Mais ce sont les actions de renseignement et de police habituels, encadrés par les lois ordinaires et exigeant surtout des moyens en matériel et en effectifs, qui conduisent aux résultats les plus probants. Il en va ainsi de l’état d’urgence décrété en France en 2013 et qui a pris fin le 1er novembre à minuit. Joffrin cite Jacques Toubon, ancien ministre de la Justice de Jacques Chirac: "La quasi-totalité des attentats déjoués l’ont été avec les méthodes classiques du droit." C’est pourquoi l’introduction dans l’appareil législatif d’une partie des mesures promulguées lors de l’état d’urgence suscite tant d’interrogations. Car quand l’exception devient la règle, les libertés reculent pour un bénéfice douteux en matière de sécurité.