leading story

Classique | Maurizio Pollini - "Chopin"

Le piano est un instrument que l’on peut encore jouer très tard. Et d’Horowitz à Ciccolini, ils sont légion les monstres sacrés à s’être produits jusqu’au soir de leur vie. Mais que reste-t-il lorsque leurs forces les abandonnent? L’essentiel, serait-on tenté de dire en écoutant le dernier disque de Maurizio Pollini, consacré aux œuvres de la grande maturité de Chopin, toutes composées entre 1843 et 1844. À 77 ans, le pianiste italien ne sidère plus par cette puissance intellectuelle par laquelle il pouvait projeter dans l’espace une sonate de Beethoven. Mais jaillit de ces pages de Chopin un art du chant qu’on lui connaissait moins, et cette lumière qu’André Gide, dans ses "Notes sur Chopin", y discernait, ainsi qu’un cheminement vers la joie. Ils éclatent dans l’arabesque qui clôt le "Nocturne op. 55 n°1", pourtant parti dans la douleur. Et Pollini ne cesse ensuite d’en irriguer l’infinie variété mélodique du génial Polonais, dans la rusticité de ses mazurkas autant que dans la fresque de sa "Sonate en si mineur", parvenant même au sublime dans les textures diaprées de sa "Berceuse".