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En boîte de nuit

En mai dernier, Anne-Sophie Mutter s’en allait taquiner son Stradivarius – recouvert d’un enduit contre l’humidité! – dans une boîte de nuit berlinoise. Si tu ne vas pas au classique, le classique ira à toi, s’était dit la Lagardère de l’archet, persuadée que la grande musique pouvait aussi avoir sa place là où on ne l’attendait pas, face à un public qu’il suffisait de conquérir. La violoniste allemande convia donc, entre des murs cernés de graffiti, un bout de saison vivaldienne, l’"Ave Maria" de Bach, une rumba de Gounod, un country de Copland, un caprice de Saint-Saëns… Elle emmenait, par la même occasion, ses "Virtuosi", ces jeunes musiciens lauréats de la fondation créée par l’artiste, pour leur mettre le pied à l’étrier. Mme Mutter s’amusa beaucoup, c’est l’évidence, tout en gardant la situation parfaitement sous contrôle, malgré la moiteur des lieux et la proximité inhabituelle de ses nouveaux fans. Il est inutile de préciser que ce disque irritera (un peu) les puristes de l’orthodoxie, toujours (un rien) grincheux. Mais il réjouira ceux qui refusent de figer le classique dans un vernis de conventions. Et s’il ne pèsera pas très lourd dans l’exceptionnelle discographie de la star, ce CD parfaitement inclassable n’en reste pas moins une joyeuse bouffée récréative dont il serait bien tristounet de se priver à l’entrée de l’automne.