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Espace infini à vendre

Le 23 avril dernier Thomas Pesquet et les trois autres membres de la mission Crew-2 avaient dit au revoir à leurs proches avant de monter à bord des trois Tesla blanches, devenues une tradition pour SpaceX, qui les ont emmenés vers l'aire de lancement. ©Photo News

Revue de presse de l'hebdomadaire Charlie Hebdo

Est-ce que vous imaginez Emmanuel Macron descendre les Champs-Élysées le 14 Juillet dans une voiture Renault appartenant encore à Renault, et non pas à l’État ? Eh bien, c’est ce qu’a fait Thomas Pesquet : il a quitté notre Terre covidée non pas à bord d’un véhicule appartenant à la Nasa mais à une personne, Elon Musk, propriétaire de la firme SpaceX, qui l’a propulsé hors de l’atmosphère.

Déjà en 2017, une entreprise japonaise voulait faire de la Lune un panneau publicitaire. Le projet n’a pas abouti. Mais on peut faire confiance à Elon et à Jeff pour y parvenir « en un temps record ».

Aux États-Unis, pays friand de formules idiotes, on dit " le ciel est la limite ". Autrement dit : en dessous, tout est possible. Mais voilà que le ciel n’est plus la limite. Lui aussi a été privatisé. SpaceX a obtenu l’exclusivité du mégacontrat de 2,9 milliards de dollars avec la Nasa pour retourner sur la Lune, dernière station avant Mars. D’habitude, la Nasa choisit deux fournisseurs, histoire de s’assurer en cas de défaillance de l’un d’entre eux. Mais là, non : Elon Musk a tout raflé. La libre concurrence, c’est bon pour les manuels de fac, Bruno Le Maire ou l’Union européenne. La réalité du capitalisme, c’est le monopole, la rente.

 

Chez nous, c’est l’assureur bénévole Axa qui a été choisi pour garantir les 2 000 satellites artificiels qui tournent au-­dessus de nos têtes. Or ces petites choses craignent les collisions, ou deviennent des débris qu’il faut suivre. Jusqu’à présent, le Bison futé de l’espace, c’était l’US Air Force. Derrière tout cela, il y a Internet : grands philanthropes, Elon Musk (SpaceX) et Jeff Bezos (Amazon) veulent installer des " constellations de satellites " afin de permettre à l’humanité de se connecter depuis n’importe quel coin de désert, de banquise, ou même la Creuse.

On parle beaucoup des rêves de nos enfants, en ce ­moment. Je ne sais pas à quoi il est bon qu’ils rêvent, et ce n’est pas à moi de le dire. Mais ce qui est sûr, c’est qu’ils et elles ont intérêt à ­rêver les yeux bien fermés. Parce que s’ils les ouvrent, ils ne pourront bientôt plus les poser sur aucun endroit ­dépourvu du mot " pognon " en énormes lettres clignotantes. Déjà en 2017, une entreprise japonaise voulait faire de la Lune un panneau publicitaire. Le projet n’a pas abouti. Mais on peut faire confiance à Elon et à Jeff pour y parvenir " en un temps record ".

Cet aticle publié dans Charlie Hebdo a été résumé par nos soins.

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