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France-Chine: une relation déséquilibrée

Pour la première fois de sa vie, François Hollande foule le sol chinois. Et ce n’est pas en ami, les bras grands ouverts, qu’il se présentera. Lors de sa campagne électorale, il considérait l’empire du Milieu comme "l’adversaire", et les Chinois comme des gens "qui trichent sur tout", rappelle "Le Monde" dans son éditorial du jour. Depuis, fonction oblige, son langage a changé. Mais le président français n’a certainement pas oublié pourquoi il attaquait ainsi le partenaire chinois: sa mission essentielle vis-à-vis de la Chine est de rééquilibrer un partenariat économique peu favorable à la France. Le sinologue belge Jonathan Holslag (VUB) le souligne: "La Chine a eu à peu près ce qu’elle voulait du partenariat mais la France lutte pour récolter les bénéfices de la croissance chinoise." La France est en effet le pays d’Europe qui s’est montré le plus généreux en terme de partage de technologies de l’aviation à l’espace, en passant par l’énergie nucléaire. Qu’y gagne-t-elle? La Chine n’absorbe que 3% des exportations françaises. À peine plus que la Suisse, souligne Jonathan Holslag. La balance commerciale de la France avec la Chine pour les biens et services reste négative de 7 milliards d’euros par an. L’équation est également perdante en matière d’investissements. Les grandes entreprises françaises sont très présentes en Chine mais les revenus d’investissement qu’elles retournent au pays atteignent à peine 700 millions d’euros par an. "Il est clair que le marché domestique ne profite pas réellement de leurs activités dans la République populaire", tranche le chercheur. Et les entreprises chinoises? "Les investissements chinois en France représentent la moitié environ de ce que les entreprises chinoises investissent en Allemagne et sont concentrées dans le secteur financier, et les industries énergétique et de l’alimentation", indique Holslag. Cette situation ne va pas pousser M. Hollande, déjà très sceptique à l’égard des relations économiques sino-françaises, à se montrer plus avenant envers son homologue Xi Jinping. Paris a donc tout intérêt à se joindre au concert des nations européennes qui se cabrent face à une relation économique à leur désavantage. L’Allemagne deviendrait alors l’un des rares pays de l’UE à continuer sur cette voie… Du moins tant que la croissance chinoise restera un moteur pour l’automobile et la machinerie allemandes. Or justement, les exportations dans ces deux secteurs sont restées quasi stables entre 2008 et 2012. "Si cette tendance devait se poursuivre, la France et l’Allemagne pourraient finir par se retrouver dans une politique commerciale plus assertive. Et pourraient vouloir joindre leurs forces pour redresser le partenariat économique déséquilibré avec la Chine", estime Holslag. Paris est-il entrain de donner le nouveau ton de la relation? F.R.