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L’amour à la machine

On la savait journaliste, chroniqueuse et auteure de théâtre: voici que Myriam Leroy publie en ce début d’année son tout premier roman, dont le titre est un simple prénom – celui d’une adolescente énigmatique et néanmoins tangible, singulièrement palpable, cernée dans ses moindres détails et pourtant évanescente, insaisissable jusque dans son fulgurant destin. Naviguant dans les eaux troubles du mentir vrai, Myriam Leroy brouille les pistes en "je", entre véracité et vraisemblance. S’inspire-t-elle de son propre vécu? Elle n’en dira rien, laissant planer le doute avec malice. Si elle convoque certains aspects de sa propre adolescence – références culturelles et atmosphère des années 1990 –, c’est bien une fiction qu’elle nous offre, en même temps qu’une intense jubilation dès les premières pages, lorsqu’elle campe le décor insipide et mortifère de la ville de province où évoluent ses protagonistes – Nivelles, "gros bourg moche d’une laideur tout à fait anti-cinématographique (…) ne proposant rien, aucun récit, aucun mythe, rien d’autre que la vacuité d’un agrégat d’habitations dépareillées, d’artères commerçantes de milieu de gamme et de grappes d’êtres humains radicalement identiques". Voici comment elle ancre son histoire dans le Brabant wallon, morne plaine où, de Braine-l’Alleud à Lasne, sa narratrice adolescente tremble d’ennui jusqu’au moment où elle rencontre Ariane, beauté incandescente à la peau mate et à l’humour grinçant qui se prend d’amitié pour elle.