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L'enfance du geste

Des poulies treuillent, des câbles grincent. Dans un bruit de ferraille, des "machines à agir" (nul ne sait qui les meut) poussent des corps sur un tapis roulant, ou les hissent par un pied dans les airs, où ils tournoient bêtement comme des pendus à l’envers. On a mal pour eux, pour ces os qui s’entrechoquent. Avec prévenance, presque amour, d’autres danseurs portent des enfants tels des chiffes molles, et s’échangent parfois leurs petits colis humains. Les têtes valdinguent. Des cris d’oiseaux, des solos de batterie, des sirènes et des chants fusent. Puis, progressivement, les rapports de force changent… Dans leurs habits noirs, d’où dépassent parfois des parcelles de peau nue, les enfants morts-vivants s’éveillent, envahissent peu à peu l’espace et manipulent sans ménagement les adultes engourdis. Toute cette étrange marmaille gigote, à présent, convulse, court derrière un joueur de cornemuse qui entraîne chacun dans sa ronde, et finit par abandonner la scène au pouvoir des sauvageons…