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Lana Del Rey "Honeymoon" NNnnn (Universal)

Depuis "Born To Die", son premier album réellement distribué, Lana Del Rey déverse une matière épaisse, luxuriante et pourtant décharnée, sur les ondes. En tension permanente entre envolées de cordes et rythmiques épaisses, proche du R & B, les chansons de l’Américaine sont peuplées de voix, d’extraits de films, d’ampleur cinématographique qui saturent l’espace et leur donnent une étrange patine. Comme si l’Amérique mythique (voitures chromées, glamour glacé, motels pervers) n’en finissait pas de s’évaporer, au ralenti. C’est encore plus vrai sur le nouvel album "Honeymoon", conçu avec l’aide du très platiné Mark Ronson (Amy Winehouse, Rufus Wainwright, Adele…). Dans les faits, cela se traduit par les cordes abyssales et la voix traînante de la chanson titre, ou le space-echo un brin plus chaloupé de "Music To Watch Boys To". Sobre, mais tout aussi lisse que ses prédécesseurs, "Honeymoon" échappe de près à la pire des variétoches: vieux piano mélancolique trip-hop, guitares blues chuintantes, envolées de cordes titanesques, rythmiques vaguement hip-hop pour donner un côté voyou… Sans réellement quitter son masque de sirène désolée, Lana livre un disque brumeux et pâle, comme un cadavre exquis. R.NZ