leading story

Le livre de la semaine | Branko Milanovic - "Les inégalités mondiales"

Voici enfin accessible en français ce classique d’économie rédigé par l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale. On lui doit la célèbre "courbe de l’éléphant", représentation graphique des inégalités. Compilant sur vingt ans (1988-2008) les données issues de 130 pays, cette courbe montre nettement l’impact ambivalent de la mondialisation. Ses gagnants: les classes moyennes émergentes (Chine, Inde) et les 1% d’ultra-riches. Ses perdants: les classes moyennes et populaires des pays avancés à qui la mondialisation et le néolibéralisme vantés dans les années 1980 n’ont pas apporté les bénéfices escomptés. Les nouvelles technologies y ont fortement récompensé les travailleurs qualifiés et augmenté la rémunération du capital, tandis que le travail peu qualifié s’externalisait en Asie. Mobile, le capital est devenu plus difficile à taxer; des rentes se font formées dans certains domaines (finances, télécommunication,…). En émerge une ploutocratie qui, finançant les partis politiques, les met au service de leurs intérêts privés – aggravant les inégalités; tandis que chez les classes moyennes (en régression) et populaires, l’angoisse et la frustration nourrissent le populisme. Ploutocratie, populisme: telles sont à présent les menaces pour nos démocraties. La première "tente de maintenir la mondialisation en sacrifiant des éléments cruciaux de la démocratie", tandis que le second "tente de préserver un simulacre de démocratie en réduisant l’exposition à la mondialisation". Mais l’auteur ne se résigne pas et met en lumière les facteurs anti-inégalitaires: accès à l’éducation, transferts sociaux, impôt progressif,… Embrassant deux siècles d’histoire et tous les continents, un texte passionnant, parfois inquiet, qui raconte une histoire du monde.