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Roman | Les raisons de la colère

Avec "Le grand marin", les lettres françaises tenaient leur Steinbeck, leur Jack London, en la personne d’une petite dame burinée par les travaux au grand air. Catherine Poulain donnait aux perdus, aux perclus, une voix qui sonnait juste. Pendant dix ans, elle avait été des leurs, à la pêche au gros en Alaska. Que fuyait au bout du monde sa Lili du "Grand marin"? Rosalinde le dit peut-être dans ce portrait des bas-fonds d’une Provence que les touristes ne voient pas. Refoulés des campings, dormant dans des cabanons abandonnés, Rosalinde l’Allemande, Mouna, fille de Harkis, Karim le Tunisien, Acacio, "le Porto", sont saisonniers dans les Gorges de l’Aygues, cueilleurs de cerises, d’abricots ou d’olives, ramasseurs d’asperges ou de fraises. Abrutis de fatigue et d’alcool, défoncés à la misère, ils s’enivrent d’une liberté chèrement payée et mal rémunérée. Au retour d’Alaska, Catherine Poulain fut de ceux-là, ouvrière agricole puis bergère, ce qu’elle est toujours.