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Roman | Portrait manqué d'un terroriste

On aurait voulu écrire du bien du dernier livre de Yasmina Khadra, ne serait-ce que parce que son projet est des plus louables: se mettre dans la peau d’un jeune islamiste de Molenbeek, présent à Paris le 13 novembre 2015 et dont la ceinture d’explosifs n’a pas fonctionné alors qu’il s’apprêtait à faire sauter une rame de RER bondée. Prenant comme prétexte cet accident de parcours, l’écrivain algérien, auteur des "Hirondelles de Kaboul" et de "L’attentat", en profite pour s’infiltrer dans la tête du jeune Belgo-Marocain et essayer de décortiquer ses motivations profondes à finir en martyr. Un pari qui aurait pu prouver une fois de plus l’immense pouvoir de la littérature, capable de cerner l’altérité la plus radicale en révélant les pensées de chacun. Mais Khadra semble avoir oublié un ingrédient essentiel dans l’affaire: la crédibilité de son personnage! Se mettant dans la peau de Khalil et le faisant parler en "je", il se met à discourir à sa place au lieu de nous livrer son expérience du monde. Sous la plume de l’écrivain, Khalil ne pense pas et ne parle pas comme le jeune banlieusard paumé qu’il affirme être depuis l’enfance, non, il multiplie les formules ampoulées et les figures de style pour s’exprimer! Face à la mer, il déborde d’une verve pour le moins étonnante et nous parle dans une langue qui ne peut en aucun cas être la sienne: "Des vagues tumultueuses cossaient les rochers en giclant d’entre les crevasses dans de furieux geysers. C’était grandiose. Il y avait dans cette hystérie lactée, toute en fracas et en apothéose sans cesse renouvelée, une sorte de jubilation qui me rappelait mes colères lorsqu’il m’arrivait de jeter à terre un adversaire farouchement haï."