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Un corps pour mes peurs

Dans "We’re pretty fuckin’far from Okay", de Lisbeth Gruwez, il n’y a aucun repère de temps ni d’espace. Dans le presque trou noir (puits?), séparé et à peine éclairé, notre regard plonge sur un motif central: une femme (Lisbeth Gruwez) et un homme (Nicolas Vladyslav) sont assis, côte à côte, sur une chaise. Dans la fixité du premier plan, ils partagent un même corps en tension, à l’état pur, transpirant, sans aucun relâchement. Les peurs et le repli sur soi suintent. Les mêmes mouvements y sont répétés, de la caresse jusqu’au vertige, transformant les corps en d’incontrôlables poupées. Ici, les danseurs retrouvent les eaux profondes d’une inspiration: les mouvements des films d’horreur d’Alfred Hitchcock, "Les oiseaux", en particulier. Souvent, on se frotte les yeux. Souvent, notre regard, submergé par l’expérience, esthétique et radicale, vacille.