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Un éclair de génie

Parallèlement à la proposition qui consiste à nous montrer ce qu’aurait pu être l’une des versions possibles de "The Other Side of the Wind", Netflix a commandé à Morgan Neville un documentaire qui retracerait l’aventure épique de cet objet filmique, depuis sa conception jusqu’à sa très récente renaissance. Morgan Neville, c’est le réalisateur oscarisé d’un excellent docu sur les choristes ("Twenty Feet from Stardom"). En compagnie des vrais proches de Welles, il démêle patiemment l’écheveau artistico-légal qui a longtemps maintenu le film dans l’impasse. Ses confidents? Les amis de l’époque, à commencer par le biographe de Welles, également réalisateur: Peter Bogdanovich ("Moi, Orson Welles", un passionnant livre d’entretiens). Mais aussi Oja Kodar (photo) en personne: la compagne, égérie et coscénariste. La tension monte lorsque l’on comprend l’enjeu: chacun à sa manière avait promis de terminer le film si Welles n’y parvenait pas de son vivant. Un serment qui rappelle celui de "Citizen Kane", et ces promesses, les plus difficiles à tenir: celles qu’on se fait à soi-même. C’est bien sûr l’ombre de Welles qui plane sur tout le film, et qui fait plus que planer puisque l’acteur y est omniprésent. Drôle, immense, impertinent, il éclabousse tout ce qu’il touche. Dès qu’il apparaît, le silence se fait, on retient son souffle, à l’affût de la moindre phrase, du moindre geste. C’est un cadeau immense que nous fait Netflix, bien plus grand qu’un film maudit enfin terminé: c’est un éclair de génie.