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Un fossé culturel entre Français et Japonais

Quand Jean-Dominique Senard, à peine arrivé à la tête de Renault, s’est jeté tête baissée dans un projet mal ficelé de fusion avec Nissan, l’incompréhension des Japonais a été totale, souligne Stéphane Laueur dans Le Monde. Pis, la proposition, quelques semaines plus tard, de se lancer dans un mariage à trois piloté par Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a creusé encore un peu plus le fossé. Si Renault n’est déjà pas légitime pour prendre le contrôle de Nissan après vingt ans de collaboration, comment imaginer que le constructeur italo-américain, dont la faiblesse de l’ingénierie est notoire, puisse piloter ce projet avec l’assentiment des Japonais ? Beaucoup ont reproché au gouvernement d’avoir fait capoter la fusion avec FCA. Il s’agit d’un mauvais procès. L’Etat a été l’acteur le plus responsable dans cette affaire en prenant la précaution de s’enquérir de l’avis de Nissan, sans qui rien ne pouvait se faire. Ce qui n’est pas compris à Paris, c’est que les Japonais ne s’encombrent pas de juridisme. La détention de capital confère, certes, des droits, mais s’en servir pour imposer ses vues sera inéluctablement voué à l’échec, car l’ultime juge de paix, c’est l’efficacité opérationnelle et la puissance qu’elle procure. Comme plus personne au comité exécutif de Renault n’a d’expérience chez Nissan, difficile de faire passer de tels messages. Continuer à tenter de tordre le bras des Japonais n’aboutira qu’à galvaniser les forces les plus nationalistes au sein du constructeur nippon. Ainsi, Renault, après avoir exigé la nomination de Thierry Bolloré au comité d’audit de Nissan, est en passe d’obtenir satisfaction. Mais il n’est pas évident que ce type de coup de force soit gagnant sur le long terme. Désormais, l’alliance est suspendue à un fil. Sans des concessions pour trouver une gouvernance tenant compte du rapport de force réel entre les deux groupes et des gages de la part des Français sur le respect de l’identité de Nissan, l’alliance rejoindra le cimetière de ces belles inventions tricolores, géniales sur le papier, mais incapables de s’imposer dans la durée.