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Une monnaie sans budget, c'est une demi-monnaie

Tout le monde s’entend pour dire que l’édifice de l’euro créé à Maastricht était au minimum incomplet. Le président de la Commission de l’époque, Jacques Delors, le disait lui-même: l’euro est une construction boiteuse, avec une jambe monétaire forte et une jambe économique faible. "Il manquait une union budgétaire, mais aussi une union bancaire, un marché des capitaux unifié, une harmonisation fiscale, et de tout cela, Delors n’a pas parlé", souligne Pierre Defraigne, directeur du centre de réflexion Madariaga Collège d’Europe. Sans parler du marché intérieur, dont on est encore loin, ajoute de son côté l’économiste Nicolas Véron, cofondateur du think tank Bruegel. Et depuis? "La crise a permis un renforcement de fait de l’union politique, et des progrès majeurs sur l’union bancaire, qui reste incomplète", estime l’économiste français. Pour lui, l’Europe reste comme un DJ face à une table de mixage à cinq curseurs: "Il n’est pas réaliste d’en voir un à fond et les autres au plus bas. L’évolution de chacun dépend de l’évolution des quatre autres. Sachant qu’aucun n’est à zéro."