Austérité : le Portugal frappe fort, mais tard

Après avoir longtemps minimisé la gravité de la situation, le gouvernement portugais a finalement décidé de frapper fort pour réduire les déficits publics, annonçant pour 2011 des mesures d'austérité d'autant plus sévères qu'elles arrivent tard, estiment les analystes.

Jeudi, l'ensemble des commentateurs soulignaient le "virage" opéré par le Premier ministre José Socrates qui, après avoir assuré pendant des mois que la situation du Portugal "s'améliorait", a finalement admis ne "pas avoir d'autre alternative" que d'annoncer des mesures "dures et exigeantes", cumulant baisse de salaires et hausse d'impôts.

Pour Pedro Santos Guerreiro, directeur du Jornal de Negocios, le gouvernment n'a effectivement "pas d'alternative. Pas après deux années perdues sans faire les comptes et en faisant semblant".

"C'est criminel d'avoir attendu si longtemps pour reconnaître le problème. Parce que le traitement est plus dur. C'est un réveil violent. Les politiciens nous ont floués. Le gouvernement a failli. Socrates a menti", accuse-t-il.

Selon Joao Cantiga Esteves, professeur à l'Institut supérieur d'économie, les mesures annoncées, qui visent à assurer la réduction du déficit de 7,3% cette année à 4,6% en 2011, "vont dans le bon sens mais elles arrivent tardivement" et "ce retard coûte cher au pays avec une hausse du coût de financement qui va aggraver le déficit".

"Les marchés avaient déjà compris (la gravité de la situation) et réclamaient toujours plus pour l'argent prêté au Portugal, malgré les professions de foi du Premier ministre", souligne également Antonio Costa, directeur du Diario Economico.

Dans un éditorial, le Diario de Noticias écrit par ailleurs que "ces mesures sont incompréhensibles pour les Portugais s'ils tiennent compte de ce que le Premier ministre et les autres membres du gouvernement ont dit et fait pendant un an et demi".

Après avoir présenté en mars un budget d'austérité "équilibré" pour 2010, comprenant essentiellement le gel des salaires des fonctionnaires et la suppression de mesures anticrise, le Premier ministre avait appelé en mai à un "effort patriotique" et annoncé une hausse générale des impôts, tout en affirmant que l'économie "récupérait".

Au même moment, l'Espagne voisine annonçait déjà des baisses de salaires des fonctionnaires...

Pour l'opposition de centre-droit, qui avait soutenu en mai le deuxième plan d'austérité présenté par le gouvernement socialiste minoritaire, "le Premier ministre a présenté aux Portugais la facture de son incompétence".

"Il n'est pas possible d'arriver tous les quatre mois avec de nouvelles mesures de plus en plus graves en invoquant l'alibi des marchés", a dénoncé Antonio Nogueira Leite, conseiller économique du Parti social-démocrate (PSD), qui depuis plusieurs mois dénonce la hausse continue de la dépense publique.

Toutefois, selon les analystes, le PSD n'aura "pas d'autre choix que de laiser passer le budget", quitte, estime le politologue Antonio Costa Pinto, "à s'abstenir tout en continuant de critiquer le gouvernement".

"Quand Bruxelles et Mme (Angela) Merkell nous diront que ce budget est nécessaire, le PSD n'aura plus aucune marge pour empêcher son adoption", estime pour sa part le commentateur politique Ricardo Costa, d'autant, ajoute-t-il, que "si le budget n'est pas voté, c'est la porte ouverte au FMI!"

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