Charles Michel, nouveau président du MR

"Rassembler, convaincre et agir" : le slogan de campagne du successeur de Didier Reynders, élu avec 54,7% des suffrages, résume bien l'ampleur de sa tâche.

L'actuel ministre de la Coopération au développement, Charles Michel, 35 ans, a été élu à la présidence du MR avec 54,75% des suffrages exprimés, succédant à Didier Reynders, a annoncé vendredi soir le parti.

M. Michel a recueilli 9.710 des 17.374 voix jugées valables, contre 9.710 à son seul rival, le député Daniel Bacquelaine.

Au total, 17.834 bulletins de vote envoyés par des membres du MR ont été reçus au siège du Mouvement réformateur, dont une centaine ont été jugés non valable.

M. Michel a donc obtenu 54,75% des voix, contre 45,25 à M. Bacquelaine, selon des résultats officieux rendus publics en soirée par le parti.

Les résultats définitifs seront annoncés lundi, avec une entrée en fonction prévue du nouveau président le 14 février prochain

Cela fait longtemps qu’il s’est fait un prénom: Charles Michel, élu ce soir à la présidence du MR, est bien sûr le fils de Louis Michel, l’ancien patron des "bleus". Mais son parcours politique lui a déjà permis de s’illustrer à maintes reprises: député fédéral dès 1999, il devient, en 2000, ministre wallon des Affaires intérieures et de la Fonction publique. Il est alors, à 24 ans, le plus jeune ministre de l’Histoire et ferraille contre les baronnies PS. Depuis 2006, il est le bourgmestre de Wavre. Il est aussi un des initiateurs de la coalition MR-Ecolo au pouvoir en Brabant wallon, son fief électoral. Et il est ministre sortant de la Coopération au développement…

Nouvelle génération

Avec un tel palmarès à son actif, alors qu’il baigne dans la politique depuis tout petit, alors que c’est sa deuxième tentative de prendre les rênes du parti (il avait renoncé à un match contre Serge Kubla en 2004, laissant la voie libre à Didier Reynders), on en oublierait presque qu’il est jeune. Charles Michel a 35 ans.

Son élection incarne d’abord un changement de génération à la tête du Mouvement Réformateur. Avec lui, c’est d’ailleurs toute la classe politique francophone qui, mine de rien, se rajeunit: Jean-Michel Javaux est le leader charismatique d’Ecolo, Benoît Lutgen est promis à la présidence du cdH et Paul Magnette est favori pour la future succession d’Elio Di Rupo.

Un libéralisme assumé

L’âge de Charles Michel, combiné à une solide dose d’expérience, lui a permis de mener une campagne interne axée sur une volonté de dynamiser le parti. Le faire bouger. Bref, le rendre plus enthousiasmant. "Cessons de faire du libéralisme à reculons" a-t-il lancé dans une interview à "L’Echo". Son objectif est d’ancrer le MR au centre-droit. Et de l’assumer. Défendre des valeurs: travail, liberté, effort, sécurité… Une présidence libérale estampillée "Charles Michel" devrait donc se marquer par des messages plus clairs, plus volontaristes. Plus "radicaux" aussi. Mais Charles Michel n’est pas un conservateur et se rapproche davantage, idéologiquement, du "libéralisme social" de son père Louis, même s’il prend bien soin de ne jamais utiliser cette formule. Le style, lui, sera radicalement différent de celui de son bouillant paternel. Charles, c’est un poisson froid, prudent, réfléchi, presque timide, tout en maîtrise.

Rassembler un parti divisé

Pour conduire le MR vers de nouveaux succès électoraux, Charles Michel devra d’abord rassembler le parti. Ce ne sera pas une sinécure. Ces derniers mois, les libéraux se sont souvent distingués par leurs disputes.

Charles Michel lui-même a été fortement impliqué dans le fameux groupe Renaissance qui cherchait à pousser Didier Reynders vers la sortie. La campagne pour l’élection présidentielle interne a également été marquée par de vives tensions entre les candidats. Ses détracteurs ont dénoncé le "clan Michel", les pressions sur les militants, les consignes de votes… Bref, alors que tout le prédestinait à être le candidat "naturel" du consensus, une étiquette de "putschiste" lui a été collée. En position de favori, lui s’est montré prudent, promettant de ne pas se livrer à une chasse aux sorcières. Mais son slogan – "rassembler, convaincre, agir" — résume bien l’ampleur de sa tâche.

Ménager le FDF

Charles Michel n’arrive pas en terrain conquis. Et il devra donc composer avec son adversaire, Daniel Bacquelaine, et les "loyalistes", proches de Didier Reynders.

D’autant que son élection n’a rien d’un plébiscite. Malgré le soutien de la plupart des figures du parti, malgré une notoriété plus grande que celle de son adversaire (il a réussi le quatrième meilleur taux de pénétration électoral en Wallonie en juin dernier), Charles Michel a récolté xx % contre xx % à Daniel Bacquelaine. Une telle élection – une "vraie", pas bidouillée par l’état-major du parti – est positive en ce sens qu’elle légitime son lauréat. Mais elle lui impose aussi de tenir compte du poids de son concurrent malheureux.

Charles Michel devra aussi immanquablement ménager le FDF. La composante amarante – un des soutiens de poids de Reynders — cache mal sa méfiance à son égard. Or, le FDF joue un rôle important au sein du MR, en particulier à Bruxelles. Comme l’heure est aux débats communautaires (où le FDF est en pointe) et que les élections communales de 2012 approchent (et le FDF est bien implanté dans les communes bruxelloises), Charles Michel devra tenir compte des troupes d’Olivier Maingain.

Retisser des liens

Au-delà de sa propre formation politique, Charles Michel devra également retisser des liens avec les autres partis francophones. Ce n’est pas un secret: les relations entre Didier Reynders et Joëlle Milquet ainsi qu’Elio Di Rupo étaient mauvaises. Et, même si en politique les sentiments ne comptent guère, cela a sans doute contribué à l’isolement du MR sur l’échiquier francophone. Cette mission-là, Charles Michel devrait l’accomplir sans trop de difficultés.

Il y a quelques mois, de folles rumeurs l’avaient même réuni, au sein d’un nouveau parti centriste, avec Jean-Michel Javaux (Ecolo) et Melchior Wathelet (cdH). Même si Didier Reynders reste aux commandes jusqu’au 14 février, le premier test de Charles Michel est tout trouvé: s’imposer comme un interlocuteur clé dans la crise politique, ou mener la campagne du MR en cas d’élections. Pour rappel, il a plaidé pour un gouvernement sans la N-VA… L

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés