Lagarde s'attire les foudres des Grecs

Mme Lagarde a mis le feu aux poudres samedi en estimant dans une interview au Guardian que "les Grecs devraient commencer par s'entraider collectivement", et ce, en "payant tous leurs impôts", et se dit moins préoccupée par leur sort que par celui des enfants d'Afrique.

"Il y a une crise humanitaire en Grèce, très coûteuse, au cas où vous ne le sauriez pas. C'est vraiment une honte!", commentait dimanche une internaute, Despina Panagiotopoulou, sur la page Facebook de la patronne du FMI.

Samedi soir, devant le tollé généré par ses propos, Mme Lagarde s'était montrée plus conciliante, se disant "très compatissante à l'égard des Grecs et les défis qu'ils relèvent".

Mais les Grecs ne décoléraient pas dimanche et continuaient d'exprimer sur internet leur profond désaccord avec les propos de la patronne du FMI qui ont suscité plus de 10.000 commentaires sur sa page Facebook et la création d'une page intitulée "Les Grecs contre Lagarde".

Ces commentaires, écrits dans un style plus ou moins châtié, répondent au message de conciliation qu'elle a adressé à la Grèce sur sa page Facebook pour calmer le jeu. "Vous devriez dire ça aux proches des 3.000 Grecs qui se sont suicidés, et aux un million de chômeurs", lance un internaute qui écrit sous pseudo.

De très nombreux internautes ont relayé les difficultés rencontrées dans un pays marqué par quatre années de récession et de réformes draconiennes dictées par le FMI, l'UE et la BCE en échange de prêts visant à éviter la banqueroute au pays. Ces mesures se sont notamment traduites par des baisses de salaires et des pensions.

"Ne nous faites pas prendre des vessies pour des lanternes, madame!!! Qui est-ce qui vous a dit qu'on ne paie pas nos impôts??? (...) La Grèce malheureusement faisait partie de votre plan, on assume les responsabilités qui nous incombent, mais ne nous prenez pas pour des idiots!!!", lance une autre internaute, Anna Kouvousi.

"Mon mari et moi sommes des retraités de la fonction publique. Evidemment, vous ne serez pas surprise si je vous dis que nos pensions ont été amputées d'environ 500 euros, qu'on paie une taxe d'habitation exorbitante, que nous payons nos médicaments parce que la sécu ne nous couvre plus et que nous devons soutenir notre fille au chômage", écrit Christina Tsekoura. "Ce que vous ne savez pas (...) c'est que ma famille ne doit pas un seul euro aux impôts, ni à une agence publique ni à la banque, en Grèce ou à l'étranger. Nous sommes constants dans nos obligations", ajoute-t-elle.

"Merci pour votre amour et votre soutien et sachez que les Grecs ne sont pas stupides. Nous connaissons votre jeu et nous n'allons plus l'autoriser!" assure Elena Papoutsi. "Le 17 juin les Grecs vont répondre aux usuriers du monde entier qui exploitent notre pays", prévient de son côté Eleftheria.

Le chef du parti socialiste Pasok, Evangélos Vénizélos, après avoir estimé que les propos de Mme Lagarde avaient "humilié" et "insulté" les Grecs, s'est réjoui qu'elle ait rectifié le tir, car "cela signifie qu'elle a pris en compte une nation fière".

Alexis Tsipras, chef du parti de la gauche radicale Syriza propulsé en 2e position lors des législatives du 6 mai, a lancé à Mme Lagarde que les Grecs ne cherchaient pas sa "sympathie" et que "les travailleurs grecs paient leurs impôts" qui sont très lourds et même "insupportables".

Le parti, donné selon les derniers sondages en seconde position derrière les conservateurs de Nouvelle-Démocratie (ND) le 17 juin, prône l'annulation des mesures de rigueur prévues par le plan de redressement imposé par l'UE et le FMI en échange des prêts accordés à Athènes jusqu'en 2014.

Pour sa part, le gouvernement français, dont beaucoup de Grecs attendent qu'il fasse fléchir la politique de rigueur allemande, a critiqué la vision "un peu caricaturale et schématique" de Mme Lagarde, estimant qu'"il n'y a pas de leçon à donner" à la Grèce.

Auparavant, le tribun de la gauche radicale française, Jean-Luc Mélenchon, avait dénoncé des propos "indignes" de Mme Lagarde, appelant les armateurs et l'église orthodoxe à payer leurs impôts.

Les législatives du 17 juin en Grèce sont attendues avec fébrilité à l'international.

Face au risque d'un rejet du plan d'austérité qui conduirait in fine à une probable sortie de l'euro, les bailleurs de fonds internationaux restent fermes, à l'image du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble qui martèle à l'envi qu'Athènes doit "tenir ses engagements" pour rester dans l'euro.

En Grèce, les mêmes arguments sont utilisés pour discréditer Syriza, alors que le pays risque d'être à court de liquidités d'ici fin juin si les aides financières sont coupées en cas de rejet du plan d'aide international par les électeurs le 17 juin, a prévenu l'ex-Premier ministre grec, selon un memo paru dans la presse dimanche.

M. Vénizélos plaidait dimanche pour garder la monnaie commune, et la veille, Antonis Samaras, le chef de la ND, estimait que s'opposer au plan de redressement conduirait la Grèce hors de l'euro et constituerait une "véritable catastrophe" pour le pays.

Mi-mars, la Task force européenne pour la Grèce notait que le pays avait fait des progrès "prometteurs" sur la perception de 8 milliards d'arriérés d'impôts recensés, avec 946 millions collectés en 2011. Mais elle soulignait qu'en matière de fiscalité, des progrès devaient encore être faits, notamment dans la lutte contre l'évasion fiscale des riches contribuables et des grandes entreprises.

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