Les gagnants et les perdants de la crise grecque

(AFP) La crise grecque s'est avérée une manne pour des fonds spéculatifs, traders et quelques grosses banques d'affaires qui avaient spéculé sur un éventuel défaut de paiement d'Athènes, mais les établissements financiers européens, les particuliers, l'euro et la BCE y ont laissé des plumes, selon des analystes.

"Les gagnants sont les personnes qui ont acheté des assurances contre la dette grecque en pariant sur son effondrement financier et ont réussi à les revendre avant l'intervention de l'Union européenne", résume George Volokhine, analyste chez Meeschaert Asset Management à New York.

Après l'annonce du méga-plan de soutien de 750 milliards d'euros, cofinancé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), voici un tour d'horizon des principaux gagnants et perdants de la crise grecque sur les marchés.

LES GAGNANTS

QUELQUES GROSSES BANQUES D'AFFAIRES (Goldman Sachs, JPMorgan, Deutsche Bank) ET CERTAINS FONDS SPECULATIFS (Fonds Paulson...)

Ils ont engrangé "plusieurs centaines de millions de dollars" entre les 3 et 7 mai, période au cours de laquelle la valeur des obligations d'Etat grecques a énormément baissé, explique Antoine Halm, gérant de fonds spéculatifs chez Louis Capital Markets à Paris.

Ces gros investisseurs avaient commencé à spéculer sur la dette grecque début avril. Ils ont massivement acheté des assurances contre le risque de cessation de paiement de la Grèce, les Credit default swaps (CDS), qu'ils ont revendues pour la plupart aux banques européennes, qui souhaitaient se couvrir, indiquent les analystes.

LE DOLLAR

La devise américaine a retrouvé sa qualité de valeur refuge en période d'incertitudes: elle a profité d'un mouvement de liquidations des euros et n'est plus loin d'une parité avec la monnaie européenne, assure M. Halm.

"Le dollar a repris une prééminence qu'il avait un peu perdue ces dernières années. Il reste la monnaie de référence dans laquelle la plupart des réserves sont investies", souscrit M. Volokhine. L'euro s'échangeait mercredi autour de 1,2674 dollar.

L'OR ET LES BONS DU TRESOR AMERICAIN

Le prix de l'or n'a cessé de grimper ces derniers jours. Une once d'or s'échange désormais à plus de 1.300 dollars, du jamais-vu.

Les bons du Trésor américains bénéficient d'une aversion au risque et attirent davantage les réserves monétaires de la Chine et les fonds souverains du Moyen-Orient, assure M. Volokhine.

LES PERDANTS

LES BANQUES EUROPEENNES

Les établissements financiers européens étaient les plus exposés à la dette grecque jusqu'à la décision de l'Union européenne. Les banques françaises et allemandes étaient respectivement engagées à hauteur d'une cinquantaine et d'une trentaine de milliards d'euros en Grèce.

Leurs pertes vont toutefois être limitées, le taux de rémunération des emprunts grecs ayant déjà beaucoup baissé et la BCE ayant commencé à racheter des titres de dettes publiques et privées de pays fragilisés de la zone euro.

LES PARTICULIERS

"Le perdant dans cette crise c'est plutôt M. Tout-le-monde que le trader ou le gérant de hedge-funds", résume M. Halm. Car celui-ci investit dans le marché action, en baisse depuis cette crise.

L'EURO

Entre le 3 et le 7 mai, l'euro a perdu 7% de sa valeur face au dollar et le mouvement de baisse semble se poursuivre.

"L'Euro a tout perdu dans cette crise: Il n'est plus crédible comme alternative au dollar. En tous cas, elle est désormais remise en cause", avance M. Volokhine.

LA BCE

Pour nombre d'analystes, en sortant "l'option nucléaire" -c'est-à-dire en achetant la dette publique-, la réputation de la banque centrale a été écornée.

La BCE se retrouve en effet dans la position de financer de la dette publique, grecque, voire portugaise ou espagnole.

"Il est difficile de ne pas voir (cette décision) comme une perte de crédibilité et d'indépendance pour la BCE", estime Marco Annunziata, chef économiste chez UniCredit.

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