5e action de Still Standing for Culture: les insurgés du 1er mai

Premier test sanitaire au KVS, ce lundi 26 avril. ©BELGA

Bravant l’interdiction, 110 institutions culturelles rouvrent dès ce vendredi pour signifier leur ras-le-bol. C'est la 5e édition de Still Standing for Culture.

L’annonce d’événements-tests et de timides assouplissements au Comité de concertation du 23 avril n’aura pas suffi à désamorcer la bombe. Ce vendredi, ce sont 110 centres culturels, cinémas, théâtres, salles de concerts qui rouvrent leurs portes jusqu’au 8 mai, dans le respect des protocoles sanitaires établis en concertation avec le secteur, mais qui étaient restés lettre morte depuis six mois.

Cette 5e action du collectif Still Standing For Culture est la première qui enfreigne délibérément les règles sanitaires. Et pourtant, en quelques jours, la plupart des jauges (très limitées) se sont remplies.

Pour autant, il ne s’agit pas d’une jacquerie mais bien d’une action concertée avec l’appui des fédérations professionnelles et des syndicats: "Nous avons accepté des protocoles stricts et des taux de remplissage limitants et, malgré cela, on continue de conditionner notre réouverture aux chiffres de la pandémie et à ses variants! Or, aucun cluster, aucune augmentation des contaminations n’a été observée pendant les quatre mois de réouverture du secteur, l’an dernier. Sans parler des expériences-tests, qui n’arrivent que six mois après certains autres pays d’Europe!", commente Stéphane Menti, porte-parole de Still Standing for Culture.

"On fera tout pour éviter les débordements."
Stéphane Menti
Porte-parole de Still Standing for Culture

Un appel à la clémence de la police

Travaillant de concert avec la Ligue des Droits humains (LDH) et la juriste Véronique Dockx, ce collectif, créé en juin 2020 pour alerter l’opinion publique sur le sort des travailleurs précarisés du secteur culturel, assure que tout sera fait pour accueillir le public dans le calme, et en appelle à la clémence de la police.

Une verbalisation massive, selon Stéphane Menti, dépasserait l’entendement. "On fera tout pour éviter les débordements. Ce qui compte, c’est d’assurer nos missions d’accueil par une offre de qualité, et nous appelons nos publics à contester toutes les verbalisations. En venant assister à une activité, ils font acte de résistance politique et marquent leur soutien à un secteur à bout de souffle. Toutes les personnes qui ont réservé en sont conscientes et acceptent ce risque."

StillStanding #5 - La Culture se déconfine!

Une discrimination actée

La décision de la Cour d'appel de Bruxelles, ce mardi, a d’ailleurs donné du grain à moudre aux insurgés de la culture. La cour a donné raison au guitariste Quentin Dujardin, qui se disait victime de discrimination depuis son concert avorté du 14 février en l’église de Crupet (province de Namur), alors que le culte pouvait y être célébré dans les mêmes conditions, sans verbalisation.

Quentin Dujardin s’était joint à l’action intentée contre l’État belge par la Ligue des droits humains et la Liga voor mensenrechten, qui ont plaidé avec succès l’inconstitutionnalité des mesures anti-covid. Le 31 mars, l’État a ainsi été condamné par le Tribunal de première instance de Bruxelles.

Isabelle Jans, la coordinatrices d’Aires Libres (arts forains, du cirque et de la rue) confirme qu’une nouvelle action en justice contre l’État est sur le point d’être lancée.

Des décisions qui font jurisprudence

En attendant le jugement en appel du recours introduit par l’État, cette brèche vient renforcer les actions prévues par le collectif Still Standing for Culture. Cet arrêt facilite la contestation des amendes, tout comme le cas Dujardin peut faire jurisprudence en faveur des contrevenants.

Du côté des fédérations professionnelles, Isabelle Jans, la coordinatrices d’Aires Libres (arts forains, du cirque et de la rue) confirme, en outre, qu’une nouvelle action en justice contre l’État est sur le point d’être lancée.

Un manque de perspectives

Cet état de siège n’arrive pas par hasard: annoncé comme un Codeco "culture" puis transformé en réunion "technique", le Comité de concertation du 23 avril n’a apporté aucune perspective immédiate au secteur culturel, qui avait travaillé en collaboration avec l’événementiel pour proposer un plan de réouverture réaliste et prudent.

"On sent pourtant une très forte demande du public, que la culture retrouve sa place pour assurer la santé mentale et créer du sens dans ce qui arrive."
Stéphane Mentin
Porte-parole de Still Standing for Culture

Au Fédéral, les décideurs politiques n’en ont pas tenu compte, annonçant seulement la mise en place d’événements-tests, ainsi que 50 personnes autorisées en extérieur à partir du 8 mai. À partir de juin, si les conditions sanitaires le permettent, les lieux culturels pourraient accueillir 200 personnes en extérieur et un remplissage des jauges au cas par cas, limité à 200 en intérieur.

Un refrain entendu mille fois, qui a mis le feu aux poudres d’un secteur délaissé depuis les débuts de la pandémie: "Cette 5e action vient après d’autres, qui n’ont pas été entendues de la part de nos dirigeants. On sent pourtant une très forte demande du public, que la culture retrouve sa place pour assurer la santé mentale et créer du sens dans ce qui arrive", déclare Stéphane Menti.

Très critiquée pour son incapacité à peser sur les décisions du Codeco, la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles Bénédicte Linard (Ecolo) a déclaré, quant à elle, qu’elle soutenait les actions annoncées et que les lieux participants ne seraient pas privés de leur subvention.

Premier Still Standing for Culture, le 25 juin 2020, ici à Namur. ©BELGA

Des divergences entre acteurs culturels

Si un nombre impressionnant d’opérateurs culturels ont rallié le mouvement, tous ne sont pas du même avis quant à la nécessité de faire acte de désobéissance. Pour Philippe Degeneffe, directeur général de Mons Arts de la Scène, "chacun se bat avec ses armes, ce qui fait la richesse de cette contestation! Je comprends l’exaspération et la colère, je les vis aussi, mais il y a différentes manières de se positionner..."

Ainsi, avec le bourgmestre et le chef de la police de Mons dans son conseil d’administration, Mons Arts de la Scène participera à l’opération uniquement en extérieur, pour ne pas se placer dans l’illégalité.

Au Théâtre de Liège, Serge Rangoni a choisi, pour sa part, de rallier le mouvement pour la soirée de clôture de son Festival Émulation, ce vendredi 30 avril. "Depuis le début de la pandémie, dit-il, nous avons mis toutes nos forces pour poursuivre nos activités en respectant les conditions sanitaires en vigueur. Toutes ces initiatives menées avec volonté et enthousiasme s’épuisent cependant au regard d’une crise sans fin et surtout sans perspective ni prise en compte du secteur des arts de la scène."

80%
des techniciens
Selon Stéphane Menti, Porte-parole de Still Standing for Culture, "80% des techniciens sont au chômage ou sans travail".

Au bord de l'implosion

Depuis janvier, l’ambiance est celle d’un secteur culturel au bord de l’implosion – la Sabam, relayée par Le Soir, évaluant à 99,9% la perte de revenus de billetterie des événements culturels au premier trimestre par rapport à 2020. Un secteur exsangue, pris dans un engorgement de spectacles sans cesse reportés.

Cela "remet en cause la formation des étudiants et le sort des primo-travailleurs, que personne ne peut rassurer sur leur avenir", affirme encore Stéphane Menti. "80% des techniciens sont au chômage ou sans travail, tandis que le taux de réorientation de carrière est en augmentation galopante."

Face au mépris dont ils se sentent victimes, les travailleurs de la culture essaient donc de rester actifs et de sauver leur métier. Coûte que coûte.

Ligne du temps d'une crise culturelle

Mars 2020
1er confinement: du jour au lendemain, comme la société dans son ensemble, les lieux culturels ferment leurs portes. Dans l’urgence, la culture est à la fois nulle part et partout, trouvant de nouveaux canaux sur les réseaux sociaux.

Avril 2020
L’annulation des festivals d’été porte un nouveau coup au moral, tandis que la culture reste dans l’attente d’un déconfinement qui s’annonce déjà ciblé…

Juin 2020
La réouverture est enfin permise alors que la saison touche à sa fin, mais le secteur s’organise pour permettre la tenue d’événements en plein air avec des jauges réduites, de Genval à Spa. Dès juin se crée le collectif Still Standing for Culture, qui souhaite alerter l’opinion public sur le sort des travailleurs précarisés.

Août 2020
Le KVS ouvre le bal d’une saison qui s’annonce "Covid-proof" avec la mise au point de protocoles sanitaires stricts, respectueux de l’accueil des publics dans un environnement sécurisé.

Octobre 2020
2e lockdown, annoncé pour 3 semaines… Dans les faits, la culture est remisée au grenier pour les 6 mois à venir tandis que le streaming s’institutionnalise: les arts vivants sont relégués aux écrans.

Janvier 2021
Après les achats de Noël et les soldes, on promet au secteur culturel une reprise progressive qui se fait attendre, ainsi qu’un printemps culturel qui se virtualise une fois de plus. Still Standing for Culture lance de nouvelles actions indépendantes des fédérations.

Avril 2021
Suite aux Codeco des 16 et 23 avril, on annonce enfin les événements-tests promis depuis des mois et de très maigres perspectives de réouverture en juin – pas avant. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase d’un secteur aux abois, resté fermé 9 des 13 mois de la crise sanitaire à ce jour.

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