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analyse

Comment investir en période de stagflation?

Trois quarts des investisseurs institutionnels considèrent la stagflation comme la principale menace pour les marchés. ©REUTERS

Si le scénario de stagflation se matérialise, les marchés devraient connaître des temps difficiles. Comment protéger votre portefeuille en cas de forte inflation alliée à une faible croissance?

Aucun stratège ne s’attend aujourd’hui à une longue période de stagflation. Malgré tout, l’inquiétude augmente à vue d’œil. Selon une enquête menée par Deutsche Bank, les investisseurs professionnels estiment à 22% la probabilité que les États-Unis connaissent une période de stagflation. Pour l’Europe, ce risque est même estimé à 33%. Trois quarts des investisseurs institutionnels la considèrent comme la principale menace pour les marchés.

33%
Les investisseurs professionnels estiment à 33% la probabilité que l'Europe connaisse une période de stagflation.

Les entreprises s’inquiètent également. Alors que nous ne sommes qu’au début de la période d’annonce des résultats trimestriels, plus de la moitié d’entre elles s’attendent à une hausse des prix d’achat et à une pénurie de pièces ou de matières premières, ce qui devrait encore alimenter l’inflation.

"Le scénario de la stagflation est peu probable, mais il pourrait avoir un impact important", a mis en garde cette semaine Mohamed El-Arian, économiste en chef d’Allianz. "Si les décideurs réagissent suffisamment rapidement, les risques disparaîtront. La Réserve Fédérale a donc intérêt à ne pas réduire trop tôt ses mesures de relance monétaire."

Les précédentes périodes de stagflation peuvent nous apprendre beaucoup sur ses conséquences pour les marchés. "La dernière longue période de stagflation a eu lieu entre 1966 et 1982", explique Edward McQuarrie, professeur émérite de l’Université de Santa Clara, et expert reconnu de l’histoire de Wall Street. "L’inflation a atteint en moyenne 6,8%, soit quatre fois plus que pendant la période 1947-1965. La croissance réelle de l’économie ne dépassait pas 2,2%, soit moins de la moitié des 4,5% de croissance des décennies précédentes."

Si vous pensez qu’il n’y a rien à gagner avec les obligations en période de stagflation, vous devez revoir votre copie, indique la première conclusion. Les obligations américaines à courte échéance ont généré un rendement de 7,1%, ce qui a augmenté le pouvoir d’achat de leurs détenteurs. Lorsque les banques centrales augmentent les taux, les détenteurs d’obligations réinvestissent les revenus des titres arrivés à échéance dans des obligations assorties d’un coupon plus élevé. Pendant cette période, ils ont donc engrangé des bénéfices en réduisant la "duration" de leur portefeuille. La hausse des revenus des nouvelles obligations a compensé la perte de valeur nominale des anciens titres. La conservation en portefeuille d’obligations à longue échéance a généré 4,4% de moins que l’inflation et a donc détruit du pouvoir d’achat. Un bon gestionnaire de fonds peut donc faire la différence en période de stagflation.

"Le scénario de la stagflation est peu probable, mais il pourrait avoir un impact important."
Mohamed El-Arian
Économiste en chef d’Allianz

Les obligations liées à l’inflation sont un autre moyen de se protéger, car leurs coupons sont liés à l’évolution du coût de la vie. Hélas, les coûts de ces obligations ont beaucoup augmenté avec la recrudescence de l’inflation. C’est pourquoi il est généralement conseillé de les acheter lorsque tout va bien. Pour un petit investisseur, il n’est par ailleurs pas facile de trouver des obligations liées à l’inflation. Il vaut donc mieux les acheter via un fonds. Pour faire mieux que l’inflation, les gestionnaires de fonds associent souvent des positions dans des obligations liées à l’inflation à des positions courtes dans des futures sur des obligations ordinaires ou utilisent des swaps de taux.

Actions

Pour les détenteurs d’actions, la stagflation est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : pendant la plus longue période de stagflation de notre histoire, la bourse n’a rien rapporté (hors inflation), mais les investisseurs ont conservé leur pouvoir d’achat puisque la bourse suit l’inflation. "Il s’agit d’une des plus longues périodes depuis 1973 où Wall Street a affiché des rendements nuls", constate McQuarrie.

Les dividendes peuvent cependant faire la différence. Le Dow Jones a pour la première fois dépassé le seuil des 1.000 points au début 1966, mais a oscillé en dessous de ce niveau au cours des 16 années qui ont suivi. Le rendement moyen des dividendes à Wall Street se montait à plus de 5%, contre 1,8% actuellement.

D’autres études mettent en évidence les piètres performances boursières pendant les périodes de stagflation. La banque d’affaires Goldman Sachs a également tenu compte des périodes plus courtes de croissance négative et d’inflation élevée au cours des 60 dernières années. Résultat de cette étude : l’indice S&P 500 a perdu en moyenne 2,1% de pouvoir d’achat par trimestre.

+5%
Entre 1966 et 1982, le rendement moyen des dividendes à Wall Street se montait à plus de 5%, contre 1,8% actuellement.

Il existe cependant d’énormes différences entre les secteurs et les actions individuelles. Les entreprises qui ne peuvent pas facilement répercuter la hausse des coûts sur leurs prix de vente sont plus vulnérables. Et celles dont les marges sont très faibles risquent de se retrouver rapidement dans le rouge.

"Si les tendances ‘stagflationnistes’ se confirment, les entreprises qui disposent d’un pouvoir de fixation des prix seront intéressantes", indique David Kostin de Goldman Sachs. Et elles sont nombreuses. Il s’agit d’abord d’entreprises jouissant de marques solides que les clients continueront à acheter, quelle que soit la situation, comme Apple ou Coca-Cola . En Europe, les géants des produits de consommation comme Nestlé (avec des marques comme Nespresso, Herta, Perrier, etc.) et Unilever (Dove, Knorr, Magnum) ont annoncé d’excellents résultats. Au cours du dernier trimestre, Unilever a réussi à augmenter ses prix de 4,1%. Sur la Bourse de Bruxelles, AB InBev et Lotus Bakeries ont tous deux annoncé des hausses de prix. Les entreprises qui ne possèdent pas de marques fortes et qui font face à une concurrence féroce devraient souffrir. Mercredi, le courtier en bourse Jefferies a mis en garde contre le fait que l’inflation des coûts devrait anéantir toutes les économies réalisées par le fabricant de couches Ontex .

Timbres-poste

Les entreprises qui commercialisent des produits ou des services uniques – ou qui ont peu de concurrence – peuvent facilement augmenter leurs prix. C’est le cas de bpost , qui jouit d’un monopole en matière de distribution du courrier postal dans notre pays et qui a décidé d’augmenter de 8,2% le prix des timbres-poste. Ceux qui ont besoin de soude n’ont pratiquement pas d’autre choix que de s’adresser à Solvay . Le groupe chimique a augmenté de 20 à 30% le prix de certains produits chimiques. Les entreprises pharmaceutiques innovantes ou les sociétés technologies incontournables – comme Facebook ou Alphabet (Google) – peuvent traverser des périodes de stagflation sans trop de dégâts.

"Malgré le danger que représente la hausse des taux, la technologie résiste relativement bien pendant les périodes de stagflation."
Jerry Braakman
Stratégiste chez First American Trust

"Malgré le danger que représente la hausse des taux, la technologie résiste relativement bien pendant les périodes de stagflation", explique Jerry Braakman, stratégiste chez First American Trust. "Vous avez intérêt à choisir des entreprises dont la croissance reste forte. Elles contrastent fortement au milieu d’une économie en berne."

Braakman conseille également les sociétés d’immobilier cotées, à condition qu’elles ne soient pas trop endettées. Les Sociétés Immobilières Réglementées (SIR ou REITS) ne le sont généralement pas, car elles sont tenues de respecter les prescriptions légales. "Il s’agit d’entreprises possédant des actifs tangibles. L’inflation augmente la valeur de leurs portefeuilles. De plus, les loyers sont souvent liés à l’inflation, ce qui soutient les bénéfices." L’immobilier qui ne dépend pas des cycles économiques devrait mieux s’en sortir. À Bruxelles, il peut s’agir d’un bailleur de logements comme Home Invest ou de propriétaires de maisons de repos comme Aedifica ou Care Property . L’immobilier logistique a également le vent en poupe grâce au commerce en ligne.

Matières premières

Les matières premières, les groupes miniers et les producteurs d’énergie offrent également une protection. La hausse des prix des matières premières et de l’énergie se situe en effet à la base de la reprise de l’inflation. "À court terme, les prix des matières premières et l’inflation sont liés. Mais à long terme, les prix élevés des matières premières nuisent à l’économie, ce qui pèse sur la demande et fait à nouveau baisser les prix", prévient Althea Spinozzi de Saxo Banque. Dans les années 1970, les matières premières agricoles s’en sont particulièrement bien sorties. À cause des prix élevés, les agriculteurs ont investi davantage, ce qui, par ricochet, a profité notamment aux producteurs d’engrais comme OCI ou K+S et aux constructeurs de tracteurs comme CNH Industrial et Deere.

Les banques peuvent être un choix judicieux si les autorités monétaires décident d’augmenter les taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Même si les banques centrales devraient se retrouver sur la corde raide vu que les hausses de taux peuvent nuire à l’économie. Il faut donc se montrer prudent avec les institutions financières.

"À court terme, les prix des matières premières et l’inflation sont liés. Mais à long terme, les prix élevés des matières premières nuisent à l’économie, ce qui pèse sur la demande et fait à nouveau baisser les prix."
Althea Spinozzi
Stratégiste chez Saxo Banque

L’or a connu une période faste dans les années 1970. Entre 1970 et 1980, le métal jaune a en effet bondi de 35 à 800 dollars l’once. Aujourd’hui, de nombreux experts ne considèrent plus l’or comme un refuge. Le mois dernier, les fonds d’or ont même enregistré les flux sortants les plus élevés en six ans. L’or subit de plein fouet la concurrence des cryptomonnaies, qui peuvent évoluer dans toutes les directions. Il en existe déjà plus de 10.000. Selon Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, elles ne valent rien, alors que d’autres les considèrent comme le nouveau Graal.

"Tout bien considéré, il est très peu probable que nous connaissions une longue période de stagflation", a déclaré cette semaine Emmanuel Roman, CEO du géant des fonds Pimco. "Il ne sert à rien de liquider votre portefeuille." L’augmentation de la nervosité offre de nombreuses opportunités. Si les bourses deviennent plus volatiles, vous pourrez acheter des actions de qualité à prix bradé. Il peut donc être utile de conserver des liquidités pour en profiter.

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