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Un rendement attrayant assorti d'un risque limité

Charles-Antoine de Bellefroid (Puilaetco Dewaay Private Bankers), Philippe Hullaert (BNP Paribas), Knut Huys (Deutsche Bank) et Yannick Nelissen Grade (Fidelity International) ©Frank Toussaint

Avec le courage du désespoir, de nombreux investisseurs recherchent des actifs offrant encore un rendement séduisant malgré un risque limité. Les fonds de placement qui visent un rendement absolu peuvent-ils leur être utiles? Quatre spécialistes confrontent leur vision.

La politique non conventionnelle de la Banque centrale européenne a peu à peu vidé le marché de tout rendement pour les épargnants et les investisseurs en obligations. De nombreux investisseurs ont dès lors trouvé refuge sur les marchés d’actions, où les attendent de véritables montagnes russes, marquées par des pics élevés et des creux profonds. "La plupart des investisseurs n’attendent pas de miracle de leur portefeuille de placement. Un rendement positif et stable: voilà tout ce qu’ils souhaitent! Les fonds qui visent un rendement absolu répondent parfaitement à ce simple besoin." C’est ce qu’affirment les spécialistes de fonds Charles-Antoine de Bellefroid (Head of Fund Analysis chez Puilaetco Dewaay Private Bankers), Philippe Hullaert (Senior Hedge Fund Investment Advisor chez BNP Paribas), Knut Huys (Senior Fund of Funds Manager chez Deutsche Bank) et Yannick Nelissen Grade (Sales Director Belgique & Luxembourg chez Fidelity International).

Peu d’investisseurs sont familiers de l’"absolute return". Que recouvre cette notion?

DE BELLEFROID: "Un fonds de placement traditionnel tente d’obtenir un rendement supérieur à son indice de référence dans un marché haussier, mais aussi une perte inférieure à celle accusée par l’indice de référence lorsque le marché est en recul. Les fonds à rendement absolu, en revanche, recherchent toujours un rendement positif, y compris lorsque les marchés financiers sont en baisse. Ces fonds ont recours à des leviers, couvrent des risques ou adoptent à la fois des positions acheteuses et vendeuses par le biais de produits dérivés afin de profiter à la fois d’une hausse et d’une baisse des cours. Simultanément, ils disposent d’une grande flexibilité et peuvent par exemple investir dans plusieurs catégories d’actifs."

Knut Huys (Deutsche Bank) ©Frank Toussaint

HUYS: "Le fonds à rendement absolu veulent enregistrer un surcroît de rendement durable par rapport aux liquidités sur base annuelle. Cet objectif répond aux attentes de la plupart des investisseurs, qui ne nourrissent pas l’ambition de battre systématiquement des marchés boursiers volatils. Ils veulent en revanche un rendement plus élevé que ce que peut leur offrir leur compte d’épargne, ainsi qu’une stabilité et une sécurité raisonnables. Cela explique également le succès des fonds mixtes flexibles, qui poursuivent le même objectif que les fonds absolute return tout en suivant une stratégie relativement traditionnelle."

Quel est le principal malentendu concernant les fonds absolute return?

NELISSEN GRADE: "De nombreux investisseurs y voient toujours un produit opaque: ils associent le rendement absolu aux stratégies risquées et peu transparentes des fonds spéculatifs. Pourtant, les fonds absolute return ne se limitent pas aux fonds qui travaillent avec des leviers ou appliquent des stratégies long-short. Un fonds mixte peut également être considéré comme un fonds absolute return. Il reste donc beaucoup de pain sur la planche pour familiariser le public au rendement absolu. Fondamentalement, le concept est simple: on cherche un rendement raisonnable assorti d’une corrélation réduite avec les marchés financiers."

HULLAERT: "Autre malentendu: les fonds absolute return seraient à même d’obtenir un rendement positif en permanence. Or, chaque fonds applique une stratégie propre, et celle-ci a parfois besoin de temps pour démontrer son efficacité. Les investisseurs doivent bien comprendre la stratégie suivie par le fonds, et éviter de paniquer lorsqu’un fonds absolute return réalise temporairement un rendement négatif. Chaque fonds suit un cycle et il faut tenir compte d’un horizon de placement de deux à trois ans."

Philippe Hullaert (BNP Paribas) ©Frank Toussaint

Comment les fonds absolute return peuvent-ils faire la différence par rapport aux fonds traditionnels dans les conditions de marché difficiles que nous connaissons?

HULLAERT: "L’époque où les marchés enregistraient une croissance linéaire est révolue. Les marchés financiers sont extrêmement volatils et la plupart des investisseurs éprouvent des difficultés à appréhender ce paramètre. Ils sont souvent pris d’euphorie en période de forte hausse des cours, avant de sombrer dans la panique en cas de retour de balancier. Les fonds absolute return peuvent cependant apporter une réponse. De nombreuses études prouvent que ces fonds génèrent un rendement plus stable dans un environnement volatil. Ils enregistreront peut-être une hausse moins marquée mais ils limiteront les pertes. Ils combinent ainsi un rendement plus élevé et des risques réduits."

HUYS: "Le rendement est rare et les investisseurs en obligations défensives se sont sentis obligés de prendre de plus en plus de risques ces dernières années. D’abord en investissant dans des obligations d’entreprises, puis en pariant sur des obligations à haut rendement de moindre qualité, et à présent en s’aventurant sur le marché des actions. Or, tous les investisseurs ne s’y sentent pas en confiance. C’est pourquoi les fonds absolute return constituent une précieuse alternative."

Les fonds absolute return ont recours à une foule de produits et stratégies avancés. Sont-ils adaptés à l’investisseur moyen?

HUYS: "L’investisseur moyen n’était pas tout à fait prêt pour les fonds absolute return. Un grand nombre d’entre eux ont investi dans ce type de fonds en 2006 et en 2007; après le krach de 2008, ils ont été déçus par les résultats de leurs fonds. Les pertes étaient souvent moins lourdes que celles enregistrées par les fonds traditionnels axés sur un indice de référence, mais leur rendement n’était pas forcément positif non plus. De ce fait, de nombreux investisseurs se montrent réticents à l’idée d’investir dans un fonds absolute return. Cependant, la notion du rendement absolu a entre-temps pénétré le monde de l’investissement traditionnel. Les fonds mixtes – très populaires – poursuivent en fait le même objectif. Tôt ou tard, les investisseurs moyens redécouvriront les avantages des rendements absolus."

HULLAERT: "Il existe un monde de différence entre les fonds d’avant et d’après 2008. Avant 2008, les fonds alternatifs étaient à peine réglementés. Il en va tout autrement aujourd’hui. Des règles encadrent ainsi les leviers, on publie beaucoup plus d’informations, et la transparence s’est grandement améliorée. En outre, le secteur est désormais très institutionnalisé, ce qui lui assure une plus grande professionnalisation."

Quelle est la place des produits absolute return au sein d’un portefeuille de placement?

NELISSEN GRADE: "Des fonds absolute return ont assurément leur place dans un portefeuille de placements diversifié. Cette stratégie peut intéresser tout investisseur qui recherche d’abord un rendement maximal en plus de celui d’un portefeuille de liquidités."

DE BELLEFROID: "La diversification est tout aussi primordiale dans ce groupe de produits, ceci dit. Chaque fonds applique des stratégies différentes, il faut donc suffisamment diversifier ses placements. Il n’y a guère de sens à investir dans plusieurs fonds absolute return qui appliquent chacun une stratégie long-short sur la Bourse européenne. De même, les investisseurs doivent également nourrir des attentes réalistes. Sur un cycle complet, un rendement de 3 à 5% sur base annuelle est déjà très appréciable; un rendement supérieur, vraiment exceptionnel. L’essentiel est de trouver un gestionnaire capable de capter cette prime de risque sur une base constante. C’est plus intéressant pour un investisseur qu’une performance exceptionnelle mais unique, mais comme pour tout produit financier, il n’y a aucune garantie de protection du capital."

Yannick Nelissen Grade (Fidelity International) et Charles-Antoine de Bellefroid (Puilaetco Dewaay Private Bankers) ©Frank Toussaint

Les investisseurs sont conseillés de tenir compte qu’il est bien possible que les avis donnés dans ce document, datés de mai 2016, ne sont plus valables. CL 1605202

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