Une question de confiance

Vincent Davignon, Global Head GTS Turkey et Regional Manager BNP Paribas Fortis

Si vous sondez des entrepreneurs sur la principale raison de développer des affaires au niveau international, la fiabilité avérée des fournisseurs et clients figurera systématiquement parmi les réponses les plus citées. Cependant, un grand nombre d’entre eux émettront aussi des réserves relatives au risque de change. Des réserves qui s’appliquent également à la Turquie, mais qu’un partenaire de confiance peut contribuer à tempérer.

Pour éviter les risques de change, les entreprises importatrices belges donneront la préférence à l’euro dans leurs conditions de paiement. Mais, si un importateur belge ne peut échapper au dollar américain (qui représente 70% des transactions commerciales turques), il se demandera si ce qu’il paie aujourd’hui vaudra encore autant demain. " Le risque existe que les exportateurs belges évitent le marché turc par simple manque de confiance. Ils veulent avant tout avoir la certitude d’être payés ", explique Vincent Davignon, Global Head GTS Turkey et Regional Manager chez BNP Paribas Fortis.

Dissiper l’incertitude

Pourtant, il existe des solutions pour réduire les risques commerciaux, et vous les trouverez généralement auprès de votre banque. " Un quart du volume total des échanges commerciaux s’effectue aujourd’hui par crédit documentaire : un engagement écrit entre le vendeur et l’acheteur, dans lequel les banques jouent un rôle de régulation. De ce fait, l’entreprise belge peut être totalement rassurée. Pour résumer : la banque qui émet le crédit documentaire fixe une série de clauses spécifiques dans un document.

Ensuite, la banque belge à laquelle l’exportateur belge a présenté le document peut confirmer le crédit documentaire. À condition que les clauses soient respectées, elle s’engage à payer l’entreprise belge, quelle que soit l’issue de la transaction commerciale. " Les délais de paiement plus longs constituent un autre risque au niveau duquel les banques peuvent faire la différence. Même s’ils sont déjà fixés dans un crédit documentaire. " Une entreprise belge peut escompter sans recours auprès de sa banque un crédit documentaire prévoyant un paiement différé auprès de sa banque. De cette manière, elle est immédiatement payée et doit moins tenir compte des délais de paiement. "

Alternatives au crédit documentaire

Parfois, le crédit documentaire est considéré comme une procédure trop lente et administrativement trop lourde dans les transactions commerciales modernes ; une solution plus rapide est recherchée. Dans un certain nombre de cas, cette formule n’est pas non plus la plus adaptée ; pensez par exemple au commerce de matières premières. " Quand il existe un lien de confiance raisonnable entre l’exportateur et l’importateur, l’entreprise peut également travailler avec un encaissement documentaire. Ce mode de paiement est utilisé pour environ 10% des transactions commerciales. " Les frais administratifs sont moindres et la banque ne joue qu’un rôle de boîte aux lettres, éventuellement de consultant. " " N’oublions pas non plus les garanties de paiement et autres adjudications, comme les bid bonds ou les performance bonds. Ces formules renforcent la confiance entre les importateurs et exportateurs en faisant appel aux banques turques et internationales. "

L’aval pour les PME

Les grandes entreprises choisissent systématiquement le crédit documentaire. Elles peuvent en effet intégrer les coûts du mécanisme dans leur marge totale. Pour les entreprises de taille moyenne, c’est plus délicat. De plus, elles peuvent difficilement imposer ce mode de paiement international à leurs partenaires. C’est pourquoi les PME travaillent souvent avec le système plus risqué de l’" open account ". Mais même dans ce cas, les PME peuvent réduire les facteurs de risque. En faisant appel à des effets de commerce avalisés, une entreprise peut atteindre le même objectif qu’avec un crédit documentaire.

Vincent Davignon: " Lorsque votre partenaire commercial turc établit un billet à ordre et s’engage irrévocablement à payer un montant donné à une date donnée, vous pouvez présenter ce document à une banque turque et lui demander d’avaliser la garantie de paiement. Ensuite, vous pourrez demander à votre banque d’escompter la transaction. La garantie de la banque turque joue un rôle primordial dans ce processus. "

La modernisation réussie du système bancaire turc

En l’espace de quelques années seulement, la Turquie a réussi à développer un système bancaire bien régulé. Avec des normes strictes, tout en maintenant une certaine indépendance. Après l’effondrement économique de 2001, la Turquie a trouvé la force de reprendre rapidement le dessus. Le pays a implémenté une série de mesures importantes, notamment dans la restructuration et la modernisation de son système bancaire. Et surtout des banques publiques. Le secteur s’est également vu attribuer un organe de régulation : la Banking Regulatory and Supervision Agency (BRSA). Avec le Savings Deposit Insurance Fund (SDIF) existant, la BRSA a entrepris de mettre les banques turques en conformité avec les normes internationales.

" Certaines banques turques ont même instauré des normes plus strictes que leurs consoeurs belges. Elles ont ainsi pris de l’avance ", explique Vincent Davignon. Forte de son secteur bancaire efficace, qui offre de solides garanties, la Turquie est devenue un partenaire incontournable pour les entreprises belges. Ainsi les banques se montrent-elles de plus en plus créatives lorsqu’il s’agit de sécuriser l’utilisation de l’open account par un exportateur.

" Les entreprises belges qui envisagent l’aventure turque sont aujourd’hui bien protégées pour un prix acceptable ", conclut Vincent Davignon. " Elles doivent cependant tenir compte du fait que les banques turques travaillent selon leur propre système. Or celui-ci est assez différent du système européen ou international. Deux exemples : en Turquie, les transactions s’effectuent toujours par chèque et le cashpooling international y est presque inexistant. "

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