Chronique: Confiance

Ingeborg Smolderen tient une boutique Leonidas à Aarschot. ©Marco Mertens

Elle me tend sa carte bancaire ainsi qu’un petit carré de papier. Son code y est inscrit. Ce n’est pas très commun, mais c’est le quotidien de Susan depuis des années. Parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Aujourd’hui, j’ai une bonne nouvelle pour elle. Désormais, il est possible de faire autrement.

Cette quinquagénaire célibataire s’est vu diagnostiquer une sclérose en plaques voici 10 ans. Depuis, sa vie a changé. Marcher est devenu une épreuve et sa mémoire lui fait régulièrement défaut. Elle ne peut plus payer par carte que chez des commerçants en qui elle a toute confiance. Ses doigts ne veulent plus toujours lui obéir. Et Susan emporte en permanence son petit carré de papier avec le code de sa carte de banque.

Susan est revenue en ville il y a quelques années. Elle éprouvait de plus en plus de difficultés à conduire et il lui était impossible de prendre soin de son jardin. Elle habite dans le centre, dans un appartement au rez-de-chaussée. À proximité des magasins et du domicile de sa sœur. “Je suis contente de pouvoir lui rendre visite et discuter un peu de temps à autre. La sclérose en plaques n’est l’amie de personne…”

“Mon meilleur ami, c’est Karel”, souligne-t-elle en désignant son fidèle compagnon à quatre pattes qui attend sagement à la porte. Ses câlins dissipent la solitude et il l’emmène en promenade. “C’est bon pour ma condition physique et pour ma ligne.”

La première fois qu’elle m’a demandé de payer pour elle a été un choc.
Ingeborg Smolderen
tient une boutique Leonidas à Aarschot

Pourtant, Susan n’a pas à se plaindre de sa ligne. Cette femme fière aime prendre soin de son apparence. “Pour l’instant, les kilos s’envolent, c’est un effet secondaire positif des médicaments”, précise-t-elle avec un clin d’œil. “J’ai l’occasion de profiter encore plus de mon chocolat favori.”

“Les Feuilles sont tes préférées”, dis-je. “Oui, ces pralines noires fourrées d’une délicieuse crème blanche”, confirme-t-elle, radieuse. Alors que je remplis son ballotin, elle se dirige vers la caisse. Je me tourne vers elle et lui demande: “J’en prépare un autre pour ta sœur?” Elle acquiesce. Susan est généreuse. Un ballotin pour elle. Un ballotin pour sa sœur. Comme à chaque fois.

Quand elle m’a raconté son histoire voici quelques années, les symptômes n’étaient guère visibles. Je l’ai vue décliner peu à peu. La maladie la rend plus dépendante qu’elle ne le souhaiterait.

La première fois qu’elle m’a demandé de payer pour elle a été un choc. “Mes doigts n’ont plus la force de saisir le code”, m’a-t-elle confié. Un tel aveu exige beaucoup de courage. Aujourd’hui, je connais le code par cœur. Mais je ne le lui ai jamais dit. Et ce ne sera plus nécessaire.

“Nous n’avons plus besoin du papier”, lui dis-je quand elle me demande de régler son achat. Je suis vraiment heureuse de pouvoir lui dévoiler qu’elle peut désormais payer sans contact. “Il suffit de poser ta carte Bancontact sur le terminal et la transaction s’effectue[NV1] . Plus de code à saisir!” Susan me regarde, soulagée. “Parfois, ce sont les petites choses qui font la différence”, sourit-elle. “Tu as ensoleillé ma journée en quelques mots.”

Le bout de papier a disparu. La confiance reste. Ma journée aussi sera ensoleillée.

Ingeborg Smolderen tient une boutique Leonidas à Aarschot.