La fragmentation du marché du paiement pèse sur sa compétitivité

Dag-Inge Flatraaker, European Payments Council ©doc

Une technologie de paiement innovante doit être déployée sur l’ensemble du continent européen le plus vite possible. C’est la seule manière, pour de petits acteurs, de rester compétitifs face aux géants mondiaux. Telle est l’opinion de Dag-Inge Flatraaker, président du Mobile Payments Working Group au sein du Conseil européen des paiements (EPC).

Où se situe l’Europe en matière de paiement sans contact?

“La numérisation a rendu le consommateur européen plus ouvert aux méthodes de paiement innovantes et rapides. Les statistiques d’utilisation dans les États membres le confirment. En République tchèque, les paiements sans contact représentent environ 70% de toutes les transactions par carte. La France a enregistré 2 milliards de paiements sans contact en 2018.”

La DSP2, la nouvelle directive européenne relative aux services de paiement, a été introduite en 2018. Quel en est l'impact aujourd’hui et qu’en attendez-vous à plus long terme?

“Cette directive ne produira réellement ses effets qu’à partir de cet automne. D’abord et avant tout, l’Europe veut mieux protéger le consommateur. Mais le but est également de créer des conditions équitables pour tous les acteurs du marché européen des paiements, y compris les petites entreprises innovantes. Je prévois que cette directive facilitera l’émergence et la percée de ces nouveaux acteurs au cours des années à venir.”

Tout est question de vitesse et de convivialité. Si les entreprises européennes gardent ce principe à l’esprit, je ne vois pas pourquoi elles devraient craindre les grands groupes technologiques.
Dag-Inge Flatraaker
Conseil européen des paiements

Les applications de paiement ne souffrent-elles pas déjà d’une offre excédentaire?

“Les nouvelles applications de paiement prennent racine essentiellement au niveau local, ainsi que nous l’avons constaté ces dernières années dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Le risque de fragmentation du marché et de détérioration de la compétitivité face aux grands acteurs mondiaux n’est donc pas inexistant. C’est pourquoi, au sein de l’EPC, nous nous engageons en faveur d'une plus grande harmonisation, afin qu’il soit possible de propager et de déployer rapidement des technologies de paiement innovantes sur l’ensemble du continent européen.”

Comment le marché européen du paiement va-t-il évoluer selon vous?

“Nous nous attendons à ce que les paiements deviennent plus rapides et surtout moins ‘visibles’. J’entends par là qu’ils s’intègrent de mieux en mieux dans le processus d’achat global. Les consommateurs achetant dans le monde entier, les nouvelles technologies de paiement doivent devenir réellement paneuropéennes.”

Sommes-nous suffisamment forts, en Europe, pour concurrencer les grands acteurs technologiques comme Google et Amazon? 

“Tout est question de vitesse et de convivialité. Si les entreprises européennes gardent ce principe à l’esprit, je ne vois pas pourquoi elles devraient craindre les grandes entreprises technologiques. Dans mon pays d’origine, la Norvège - relativement avancée dans les technologies de paiement innovantes –, Google et Apple n'ont pas encore vraiment réussi à prendre pied dans ce domaine.”

Comment convaincre le consommateur d’adopter les transactions sans contact? Et quels sont les éventuels obstacles à surmonter?

“Le principal obstacle est généralement la force de l’habitude. Le consommateur reste fidèle à certaines méthodes de paiement pendant des années, et n’accepte d’y renoncer que si la nouvelle méthode est clairement plus rapide et meilleure. Si vous voulez convaincre le consommateur d’embrasser une nouvelle technologie, la convivialité est cruciale. Même s’il faut noter que les jeunes consommateurs seront, quoi qu’il arrive, plus prompts à adopter une nouvelle technologie.”