"Nous préparons la Belgique à payer davantage de façon digitale"

Nathalie Vandepeute, CEO de Bancontact Payconiq Company: “Le paiement mobile correspond parfaitement à notre manière de vivre.” ©Bancontact Payconiq Company

Peu de secteurs évoluent à un rythme aussi effréné que le marché du paiement. Nathalie Vandepeute, CEO de Bancontact Payconiq Company, en parle avec beaucoup de passion. Tout comme de l’évolution attendue des méthodes de paiement, de l’importance d’un marché du paiement local solide et autonome, et de la collaboration au niveau européen.

“Ensemble, nous construirons le modèle du paiement du futur”, a déclaré Nathalie Vandepeute en juin 2018 lorsqu’elle a pris la direction de Bancontact Payconiq Company. Sa mission? Convaincre le plus grand nombre de Belges des avantages du paiement mobile. Et d’une manière qui profite tant aux commerçants qu’aux consommateurs.

Comment expliquer l’évolution rapide du marché du paiement?

“J’y vois trois raisons principales. Avant tout, les attentes du consommateur. Celui-ci souhaite que les paiements gagnent en rapidité et en convivialité, dans un environnement sécurisé. Deuxièmement, la technologie elle-même offre toujours plus de possibilités de payer et d’être payé. Pensez aux applications biométriques, qui permettent à un système de paiement de vous identifier par la reconnaissance de votre iris ou de votre visage. Enfin, la réglementation européenne (DSP2) a ouvert le marché du paiement en autorisant des acteurs non traditionnels à proposer eux aussi des solutions de paiement.”

Pour ce qui concerne les attentes du consommateur, on pense immédiatement au paiement mobile…

“Effectivement, le paiement mobile est de plus en plus intégré dans les habitudes des consommateurs. Le mobile n’est plus un canal, il fait partie intégrante de notre style de vie. C’est devenu notre mode de communication, l’outil de nos loisirs et, chaque jour un peu plus, la manière dont nous achetons et payons. Aujourd’hui, cela se fait via le smartphone; demain, ce sera au travers de ce qu’on appelle les ‘wearables’. Selon notre Grande Enquête 2019 sur les paiements, la proportion de Belges qui disposent d’une application bancaire ou de paiement a augmenté de 24% à 68% en un an et demi. La moitié des personnes interrogées qui possèdent un smartphone disent vouloir payer via une application. Chez Bancontact Payconiq Company, nous avons vu le nombre de paiements mobiles doubler entre 2017 et 2018. Et c’est logique car, d’une part, la frontière entre les modes physiques et en ligne tend à disparaître, et d’autre part, le paiement devient invisible car complètement intégré dans le parcours d’achat.”

À nos yeux, il est important que les Belges qui souhaitent consommer local aient la possibilité de le faire via des solutions de paiement locales.
Nathalie Vandepeute
CEO de Bancontact Payconiq Company

Vous mentionniez l’Europe. Bancontact Payconiq Company est solidement ancrée en Belgique. Comment concilier les niveaux local et européen?

“La tendance à développer et promouvoir des solutions de paiement locales s’observe sur tout le Vieux Continent. Les paiements sont essentiels pour l’économie nationale. Il est donc crucial, pour un pays, de garder son autonomie en la matière et donc de disposer de solutions locales. Les acteurs locaux tels que nous, développent des solutions sur mesure répondant aux besoins de la population, et non des solutions standard qui ont vocation à être implémentées de manière internationale. Or, ce sont des solutions locales robustes qui évitent tout dérapage dans le prix des paiements électroniques. En outre, la protection des données personnelles revêt une grande importance dans l’Union européenne. Les données de paiement ne peuvent échapper au contrôle national. À nos yeux, il est important que les Belges qui veulent de plus en plus consommer local se posent également la question de payer ou d’être payé ‘local’.”

Comment en convaincre les clients et les commerçants?

“En matière de solutions de paiement, ce sont les besoins du consommateur et du commerçant qui constituent la pierre de touche. C’est pourquoi nous proposons à la fois une carte Bancontact et une solution de paiement mobile. Les clients utilisent l’une ou l’autre selon le moment et l’endroit. Par exemple, la carte Bancontact le matin au supermarché et l’application Payconiq by Bancontact le soir pour rembourser des amis au restaurant. Nous allons encore faire évoluer notre application dans les mois à venir afin de devenir l’application préférée des Belges. Naturellement, il faut également que les commerçants acceptent des méthodes de paiement mobiles et électroniques. On recense nettement moins de terminaux de paiement en Belgique que chez nos voisins, mais nous proposons aussi aux commerçants des solutions qui ne nécessitent pas de terminal.”

Pour les petits commerçants, l’installation d’un terminal de paiement n’a rien d’évident.

“Nous offrons différentes solutions qui permettent au commerçant d’adopter la méthode de paiement qui convient le mieux à son activité. Petite ou grande entreprise? Vente en ligne ou boutique physique? L’acceptation de Payconiq comme méthode de paiement n’exige aucun terminal de paiement. Ce qui correspond particulièrement aux besoins des petits commerçants. Avec Bancontact et Payconiq, nous avons une solution adaptée à chacun et des méthodes de paiement conviviales, rapides et sûres. La dernière chose que nous voulons, ce sont des clients qui interrompent un achat parce que le processus de paiement est trop complexe. Les clients attendent de plus en plus une intégration complète du paiement dans le processus d’achat: une simple pression sur un bouton et le paiement est effectué.”

Si nous faisons davantage appel aux paiements mobiles, nous aurons moins besoin de liquide et donc de papier… Le trafic de paiements a-t-il une influence sur le climat?

“Notre secteur peut contribuer à une réduction des émissions de CO2, cela ne fait aucun doute. L’argent liquide représente une importante empreinte écologique – il faut le produire, le transporter et le sécuriser. Le paiement électronique affiche une empreinte beaucoup plus restreinte. Au sein de notre secteur, nous étudions des possibilités d’encore réduire notre impact sur le climat.”

Bancontact est connue depuis des décennies. Payconiq travaille pour acquérir le même statut. Votre entreprise, Bancontact Payconiq Company, est leader sur le marché belge du paiement. Quelles sont vos ambitions?

“Nous voulons nous appuyer sur notre rôle de leader et d’expert afin de favoriser la percée du paiement mobile en Belgique et d’offrir des solutions de paiement locales d’avenir. Nous entretenons de bonnes relations avec d’autres fournisseurs européens de solutions de paiement. Nous voulons les renforcer pour échanger de bonnes pratiques et réfléchir ensemble à l’avenir du paiement sur notre continent. Mais nous sommes encore plus attentifs au niveau local. Nous remplissons une mission d’information importante, et ce, depuis 40 ans. Face à l’explosion actuelle des solutions de paiement, nous désirons guider le consommateur et le commerçant. Par conséquent, nous prêtons une grande attention à leurs besoins. Avec d’autres acteurs sur ce marché, nous préparons la Belgique à payer davantage de façon digitale. Travailler en partenariat avec les grands détaillants, des start-up innovantes et le monde académique est crucial dans cette optique.”

Notre système de paiement est déterminant pour notre économie. Le monde politique est-il dans l’attente de votre prochaine étape?

“Absolument. Nous avons besoin les uns des autres. Le monde politique peut accélérer le développement du paiement digital, notamment en promouvant des solutions locales. Par notre ancrage belge, nous jouons un rôle central dans l’économie. Nous espérons que le gouvernement le reconnaît. Notre économie, les commerçants et les consommateurs ne peuvent qu’en tirer profit.”