Paiements: au-delà du smartphone

Nicolas van Zeebroeck, Professeur de stratégie et économie digitale Solvay Brussels School of Economics & Management / Université libre de Bruxelles ©Marco Mertens

Le paiement mobile s’impose dans nos vies quotidiennes. Cette révolution pose de vrais défis aux opérateurs traditionnels de services financiers. Simplicité, agilité, dimension locale: plusieurs solutions s’offrent à eux pour relever le gant. Et faire face aux géants du numérique.

Utiliser un téléphone pour régler un achat: cette simple opération fut l’élément déclencheur de nombreux changements actuels. Elle participe d’un mouvement plus large de convergence des usages et de la consommation vers les smartphones. Bien entendu, cette évolution s’opère à des vitesses et des ampleurs différentes selon les pays. En Belgique, ce passage au mobile est relativement lent, principalement parce que le paiement par carte y est très efficace et répandu.

Au-delà du smartphone, c’est tout un écosystème de services qui se développe à grande vitesse. Apple lance sa propre carte de crédit. Google pourrait bien un jour court-circuiter les opérateurs traditionnels avec son Wallet. Sur de nombreuses plateformes le paiement s’opère désormais automatiquement en arrière-plan (Amazon, Uber, Netflix…) D’autres greffent à leurs solutions de paiements de nouveaux services (programme de fidélité, gestion de tickets, identification…) L’innovation est déchaînée, les offres prolifèrent partout: banques, télécoms, distributeurs, start-ups…

Exister aux yeux des utilisateurs

À l’instar des opérateurs télécoms, les opérateurs de réseaux de paiement courent le risque de se voir reléguer au rang de commodité, bien vite occultée par les plateformes numériques qui fournissent les services à valeur ajoutée et s’accaparent les profits… et surtout les données. Car le numérique récompense les entreprises qui contrôlent les données et l’interface utilisateur.

En Chine, le paiement par reconnaissance faciale s’impose rapidement. D’autres systèmes biométriques suivront.
Nicolas van Zeebroeck
Professeur de stratégie et économie digitale Solvay Brussels School of Economics & Management / Université libre de Bruxelles

Pour relever ces défis d’une importance vitale, les opérateurs traditionnels doivent se poser plusieurs questions. Quelle valeur ajoutée peuvent-elles encore créer pour l’utilisateur qui cherche facilité, sécurité et rapidité, et le tout gratuitement? Comment s’imposer dans l’écosystème de services mobiles où le paiement passe en arrière plan? Les opérateurs doivent éviter à tout prix de perdre le contact avec les utilisateurs finaux (commerçants et consommateurs) pour s’inscrire dans les nouveaux modes de vie et de consommation.

Or les outils évoluent vite et la carte est de moins en moins incontournable. Le smartphone offre bien sûr une alternative, mais d’autres technologies peuvent assurer la même fonction. En Chine, le paiement par reconnaissance faciale s’impose rapidement. D’autres systèmes biométriques suivront. Dans ce contexte, il est essentiel d’innover, mais plus encore de s’intégrer dans les écosystèmes des autres acteurs. Une souplesse illustrée par le rapprochement de Bancontact et Payconiq.

L’union fait la force

À l’heure où ils affrontent des acteurs mondiaux, nos opérateurs locaux voire européens pourraient enfin envisager d’unir leurs forces. L’hégémonie des GAFA dérange et leur accumulation de données personnelles suscite des controverses à répétition. Si, demain, la plupart de nos paiements transitent par Google ou Amazon, quel contrôle aurons-nous sur nos propres opérations et sur notre vie privée? Les acteurs locaux ont ici une carte à jouer pour rassurer le consommateur. Et ils sont déjà largement adoptés par les commerçants, un atout certain dans une offre de plus en plus pléthorique.

Rendre le paiement à la fois plus glamour et plus transparent sans compromettre la sécurité, ce sont là les termes du défi qui attend les opérateurs de paiement, et le monde financier au sens large.

Nicolas van Zeebroeck, Professeur de stratégie et économie digitale Solvay Brussels School of Economics & Management / Université libre de Bruxelles