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Alain Peyrefitte : l'anomalie, c'est le développement

©shutterstock

On connaît la prédiction lancée en 1973, sous forme d'un livre, par l'homme politique français Alain Peyrefitte : Quand la Chine s'éveillera… le monde tremblera. Aujourd'hui, l'Empire du Milieu se place au 2e rang de l'économie mondiale, après les Etats-Unis. Dans un ouvrage de 1995 (1), l'essayiste analysait ce qu'il nommait le "non-développement".

"Sous-développement" ? "Tiers-monde" ? "Sud" versus "Nord" ? Pour Alain Peyrefitte (diplomate, homme politique, essayiste et académicien français, 1925-1999), l'inadéquation de ces expressions à la réalité des pays pauvres révélait notre "malaise conceptuel". Ainsi, englobés dans les "pays sous-développés" figuraient des Etats aux situations extrêmement contrastées. Quant au "tiers-monde" il s'opposait historiquement aux deux autres, l'un capitaliste, l'autre socialiste. L'Australie, l'Afrique du Sud, le Chili, l'Uruguay sont autant de pays riches de l'hémisphère sud, tandis que les populations de l'extrême nord, comme les Inuit, présentent nombre de caractéristiques du sous-développement, relevait-il.

Sans compter que, jusqu'au XVIIe siècle, l'hémisphère sud abritait des sociétés plus prospères que celles de l'Europe (que l'on pense seulement à l'Egypte, à Sumer, à la Phénicie, à la Crète, à la Perse, etc.).

L'ancien ministre décrivait également l'incroyable mutation économique qui permettait à une partie de l'humanité de sortir du dénuement, son "lot depuis les origines". L'Europe occidentale, les Etats-Unis et le Japon ne connaissaient plus la surmortalité, les maladies endémiques, les disettes, commentait-il. Le développement s'analysait alors comme un essor résultant essentiellement de la convergence de facteurs culturels favorisants.

Peyrefitte en déduisait que l'anomalie, c'était le développement, pas le sous-développement – il préférait d'ailleurs, à ce sujet, parler d'un "non-développement tenace de sociétés coutumières", qui résistait à l'analyse et aux actions en matière "d'investissements financiers, de crédits, de main-d'œuvre, de volontarisme d’Etat ou de parti". La raison du non-développement était donc, selon lui, à chercher au cœur des fonctionnements sociaux et mentaux.

Ce "non-développement" ne devait pas être défini uniquement par des critères économiques, souvent approximatifs, voire tronqués pour des raisons politiques. Ces chiffres devaient être complétés et corrigés par les indicateurs suivants : mortalité infantile, sous-alimentation, analphabétisme, discriminations sexistes (particulièrement la sous-scolarisation des filles).

La prédominance des facteurs culturels, selon l'académicien, expliquait pourquoi tenter de généraliser le modèle "occidental" de développement à d'autres Etats était souvent inutile, voire contre-productif : "Pas plus qu'on ne change une société par décret, on ne fait 'décoller' une économie en lui imposant un modèle plaqué de l'extérieur." La simple transposition des outils techniques et de gestion "occidentaux" se heurtait, selon lui, à de "profondes résistances mentales".

Le développement, assurait également Peyrefitte, reposait beaucoup sur la figure de l'innovateur, de l'"entreprenant", "personnages-clés dont ne se soucient pourtant ni Marx, ni Weber, ni Keynes, ni même Braudel, mais davantage, heureusement, Schumpeter et Hayek".

(1) Du miracle en économie, leçons au Collège de France, éd. Odile Jacob, coll. Opus (réédité en 1998)

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