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La Bourse récompense la prise de risques

©thierry du bois

Les taux bas poussent les épargnants à sortir de leur zone de confort. En Bourse, ils sont récompensés par une prime de risque assez généreuse.

La crise financière a généré un "ground zero" en matière de taux. Les taux des obligations d’État de qualité sont retombés à des planchers historiques cette année. "Une personne qui achète aujourd’hui des obligations publiques indexées sur l’inflation avec un horizon d’investissement de 20 à 30 ans doit s’attendre à un rendement réel de presque 0%", chiffrent Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, de la London Business School, dans une étude du Crédit Suisse. Les autres titres à revenus fixes, tels que les obligations d’entreprises, sont également très chers selon les critères historiques.

Pour trouver du rendement, les investisseurs doivent donc chercher ailleurs. Du côté des actions, par exemple, qui ont enregistré un rendement réel moyen de plus de 5% par an au niveau mondial entre 1900 et 2014. Et ce, même si l’argument de vente n’est pas décisif, comme le sait tout investisseur qui aurait déjà parcouru une clause de non-responsabilité pour un produit financier: les performances du passé ne constituent pas une garantie pour l’avenir.

"Le rendement élevé des actions durant la deuxième moitié du 20e siècle était anormal, tout comme l’étaient les rendements obligataires élevés des 30 dernières années, et le taux réel élevé des années 80", affirment Dimson & Co. "Cette période qui a défini nos attentes fut exceptionnelle. Nous estimons le futur rendement réel annuel des actions mondiales entre 3 et 3,5% par an."

Autrement dit, les baby-boomers et leurs enfants ont pu bénéficier d’un fort vent dans le dos, alors que leurs petits-enfants n’auront droit qu’à une légère brise.

Prime de risque

Une des raisons pour lesquelles le rendement des placements en actions est inférieur à ce qu’il était voici quelques décennies, réside dans la prime de risque. Le rendement attendu des actions est en effet égal au taux sans risque – généralement défini par le taux sur les obligations d’État d'excellente qualité sur la même période –  augmenté d’une rémunération liée à l'incertitude et au surcroît de risque liés au fait de détenir des actions.

Or, cette prime de risque a sensiblement diminué au cours du siècle dernier, remarquent Dimson, Marsh et Staunton. "Cette diminution reflète la baisse du risque d’investissement. En 1900, les investisseurs ne détenaient qu’une poignée d’actions industrielles nationales, principalement de compagnies de chemin de fer. D’autres branches industrielles sont venues s’y ajouter au fil des ans, et l’arrivée des fonds de placement qui permettent une diversification à moindre coût a également contribué à la baisse de la prime de risque. Au même titre d’ailleurs que l’augmentation de la liquidité, l’amélioration de la gestion du risque et la mondialisation du marché."

Pare-chocs

Tout le monde ne fait cependant pas preuve d’un tel pessimisme concernant la prime de risque. "Aux États-Unis et en Europe, elle fluctue actuellement entre 7 et 9%, un niveau largement supérieur à la moyenne historique de 6%", rétorque ainsi Jacques Berghmans, cofondateur de TreeTop Asset Management.

Plus la prime de risque est élevée, plus il est attrayant d’investir en actions, puisque de nombreuses mauvaises nouvelles potentielles sont déjà intégrées dans le cours. Une forte prime offre alors un pare-chocs contre les surprises désagréables, parce qu’elle attribue une valeur actuelle plus faible aux bénéfices futurs estimés. Une prime basse, en revanche, confère une valeur élevée aux futurs bénéfices. Dans ce cas, on dit que la Bourse est "priced for perfection" (valorisée pour la perfection): aucune mauvaise surprise ne sera tolérée.

Toutefois, un taux sans risque très faible n’empêche pas les actions d’être trop chères. L’économiste britannique Andrew Smithers affirme ainsi que la prime de risque ne tient pas compte de la possibilité de voir les actions et les obligations survalorisées au même moment.

Peut-être vivons-nous simplement une époque exceptionnelle, où les critères traditionnels n’ont pas cours? La réponse de Dimson, Marsh et Staunton est cinglante: "Rien ne justifie actuellement une prime de risque supérieure à la moyenne à long terme de 3,5%. N’oubliez pas que les marchés d’actions sont presque toujours confrontés au mur d’incertitudes. Nous ne traversons pas une période d’incertitude exceptionnelle."

Les économistes font référence à une certaine tendance très humaine à voir systématiquement des tremblements de terre uniques dans leur époque actuelle. Pensez aux "grands événements" qui ont dominé l’actualité ces 20 années, comme le "précipice fiscal" qui a mené les États-Unis au bord de la banqueroute, l’odyssée grecque, et le "triple coup du sort" – tremblement de terre, tsunami et catastrophe nucléaire – qui a frappé le Japon en 2011.

Le meilleur remède à cette tendance à considérer son époque comme unique réside peut-être dans le vieux dicton: "Plus ça change, plus c'est la même chose."

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