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Les riches deviennent pauvres

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Les riches s'enrichissent constamment, dénonce Thomas Piketty. À ceci près que les riches d’aujourd’hui sont rarement ceux d’autrefois. Car la plupart des familles riches s’appauvrissent rapidement.

À l’occasion d’un discours prononcé l’an dernier, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, a déclaré: "Les 85 personnes les plus riches de la planète, qui tiendraient dans un bus à étages londonien, contrôlent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes."

Le concept d’inégalité – la question de savoir si les riches ne seraient pas trop riches – a donc touché une corde sensible au sein du grand public, y compris en Europe. En témoigne le succès du Capital au XXIe siècle, l’ouvrage de Thomas Piketty qui s’est écoulé à plus d’un million et demi d’exemplaires. Le très influent hebdomadaire britannique The Economist a même qualifié l’économiste-star français de "Karl Marx des temps modernes".

La conclusion la plus marquante et la plus médiatisée du best-seller de Thomas Piketty? Les inégalités en matière de revenus continueront de s’accroître parce que la croissance du capital est plus rapide que celle de l’économie. De ce fait, les riches qui concentrent le capital deviennent mécaniquement de plus en plus riches.

Milliardaires rentiers

Est-ce vraiment le cas? "Dans son étude précédente, Thomas Piketty démontrait que les inégalités de revenus au sein des économies occidentales trouvaient leur origine dans les écarts de salaires; or, son livre évoque un futur dominé par les revenus des capitaux, les fortunes héritées et les milliardaires rentiers", affirment Daron Acemoglu et James Robinson, deux professeurs d’université spécialisés dans les inégalités et la croissance économique.

Un constat qui fait planer de gros doutes sur le précepte de fortune héritée, avec de riches familles qui deviendraient de plus en plus nanties. "Si Thomas Piketty a raison, où sont les descendants actuels des anciennes dynasties d’entrepreneurs?", s’interrogent Robert Arnott, William Bernstein et Lilian Wu, trois économistes liés au Cato Institute, un think tank américain conservateur. "À une exception près, on n’en trouve aucun dans les cercles des super-riches."

C’est également ce que révèlent les données sur le patrimoine collectées par le professeur en sciences politiques Kevin Philips, portant sur 76 éminentes familles américaines qui ont un jour accumulé une fortune légendaire (voir graphique), telles que les Astor, Vanderbilt, Carnegie et autres Rockefeller.

Dans son article The Rich Get Poorer, le trio Arnott, Bernstein et Wu révèle que le concept dynastique relève en grande partie du mythe: "Après avoir fait fortune, les riches s’appauvrissent, implacablement et irrémédiablement." Les riches voient leur patrimoine se réduire de plusieurs manières… et notamment parce qu’ils en dépensent une partie considérable.

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La diminution des patrimoines familiaux n’a rien d’étonnant, selon les chercheurs du Cato Institute. Une grande fortune trouve généralement son origine dans des individus exceptionnels qui ont su développer, par leurs inventions, leur sens de l’innovation et leur persévérance, des activités qui profitent à l’ensemble de la société. Le patrimoine est certes transmis à la génération suivante, mais celle-ci a rarement les capacités requises. Autrement dit, il est rare que les enfants de ces entrepreneurs soient aussi exceptionnels. On devine aisément les conséquences: "Nous constatons que le patrimoine hérité diminue de moitié en 20 ans environ, voire moins", chiffrent Arnott & Co.

Qu’en est-il du Forbes 400, le classement des Américains les plus riches? Le poids de ces milliardaires dans la richesse nationale est passé de 0,4% en 1987 à 1,5% en 2012. En termes réels, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation, les milliardaires d’aujourd’hui sont huit fois plus riches que leurs homologues d’il y a un quart de siècle. Les riches seraient-ils donc devenus plus riches?

Oui… à une importante nuance près. Ce ne sont pas les mêmes personnes qu’à l’époque, loin s'en faut. Actuellement, 70% des membres de cette liste sont des self-made-men, donc des chefs d'entreprise de la première génération. Voici quarante ans, ils n’étaient que 30%.

Esprits animaux

Un autre facteur important expliquant la diminution des grandes fortunes tient au fait que ceux qui les possèdent restent des hommes, pas plus immunisés que les autres contre les "esprits animaux". Ce que John Maynard Keynes décrivait comme "le besoin instinctif d’agir au lieu de ne rien faire". Bref, les riches prennent parfois des décisions absurdes! Ce n’est finalement pas si surprenant, dans la mesure où cela arrive aux plus intelligents d’entre nous. En juin 1720, le génie de la physique Isaac Newton investit ainsi une portion importante de son patrimoine et une coquette somme empruntée dans des actions de la South Sea Company. Un mois plus tard, l’une des plus grosses bulles spéculatives de l’histoire éclate. "Je peux prévoir le mouvement des corps célestes, mais pas la folie des gens", affirme alors le scientifique de 77 ans.

La générosité elle aussi entraîne une nette diminution des richesses. Pensez au "Giving Pledge", le projet caritatif lancé en 2010 par Warren Buffett et le couple Bill et Melinda Gates. Cinq ans plus tard, 137 milliardaires ont signé la promesse de faire don d’au moins la moitié de leurs richesses à des œuvres caritatives et à des projets philanthropiques.

Enfin, l’évolution de la cellule familiale joue un rôle important dans l’effondrement d’une fortune. Les divorces, qui n’étaient qu’une exception voici 100 ans, constituent désormais un phénomène social largement répandu. Or, ils impliquent un partage du patrimoine entre les conjoints. En outre, les familles recomposées accroissent le nombre d’héritiers potentiels.

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