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"Pour les actions, l'inflation idéale est comprise entre 2 et 4%"

©VIA BLOOMBERG NEWS

Les investisseurs en actions ne semblent pas devoir se préoccuper d’une éventuelle reprise de l’inflation. Même si, dans ce domaine aussi, l’excès nuit.

"L’inflation, c’est comme l’alimentation: excessive ou insuffisante, elle devient problématique", affirme Andrew Garthwaite, stratégiste en actions au Crédit Suisse. Pour reprendre ce langage imagé, les pays occidentaux souffrent clairement de malnutrition. Ces dernières années ont été marquées par une inflation très faible, entrecoupées de périodes de déflation (baisse du niveau général des prix). Pourtant, si l’on en croit l’une des affirmations les plus célèbres de Milton Friedman, il fallait précisément s’attendre à une flambée inflationniste: "L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire", expliquait sans ambages le créateur du monétarisme.

Milton Friedman s’inspirait ainsi d’un autre géant de l’économie, Irving Fisher. Avec la théorie quantitative de la monnaie, ce dernier a imaginé un cadre de réflexion auquel les faucons de l’inflation adhéraient jusqu’à présent presque religieusement. Pour résumer, cette théorie postule qu’une augmentation de la masse monétaire se traduit inévitablement par une hausse de l’inflation à terme. Selon cette lecture des faits, les taux zéro et les vastes programmes de rachats d’obligations de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne (BCE), qui ont défini leur politique monétaire ces dernières années, devraient entraîner une forte hausse du coût de la vie.

À ceci près qu’on n’en trouve encore aucune trace. Tant aux États-Unis que dans la zone euro, l’inflation ne dépassait pas un demi-pour cent en juin. Du côté des monétaristes, on affirme qu’il y a effectivement eu poussée inflationniste, mais que celle-ci se limite aux prix des actifs financiers. Le surcroît de masse monétaire ne reflue pas vers l’économie réelle mais demeure circonscrit aux marchés financiers, où des bulles apparaissent: les obligations d’État de qualité s’échangent à des plus hauts historiques, la progression des marchés d'actions dépasse nettement ce que la croissance économique justifie à première vue.

Selon le grand économiste Kenneth Rogoff, de l’université d’Harvard, tout le mérite de l’absence de hausse des taux à long terme revient aux banques centrales. Celles-ci sont manifestement parvenues à convaincre les marchés qu’elles mettraient un terme aux mesures de relance avant l’émergence de poussées inflationnistes significatives.

Raison

Le temps nous dira qui, des oiseaux de mauvais augure ou des optimistes, avait raison. Une chose est sûre: l’inflation repartira à la hausse tôt ou tard. Comment les investisseurs peuvent-ils s’en prémunir au mieux?

Une hausse de l’inflation dessert les produits à revenu fixe, comme les obligations, au motif qu’ils versent un coupon nominal. Les actions, en revanche, offrent une protection naturelle contre l’inflation, puisque l’augmentation des prix va de pair avec une croissance des bénéfices.

Sur la base d’indicateurs économiques américains remontant jusqu’en 1871, Andrew Garthwaite affirme cependant qu’il existe historiquement un point d’inflexion à partir duquel l’inflation cesse d’être bénéfique pour les actions et devient préjudiciable à la Bourse. Ce stratégiste du Crédit Suisse identifie ainsi un "sweet spot" favorable aux actions: un taux d’inflation compris entre 2 et 4%. "Lorsque l’inflation est inférieure à 2%, les entreprises perdent une grande partie de leur pouvoir de tarification", explique-t-il. "À l’inverse, une inflation supérieure à 4% est révélatrice d’une surchauffe de l’économie qui déclenchera une augmentation des taux à court terme et réduira ainsi l’attrait des actions."

Protection

Dans l’univers des actions, les investisseurs peuvent également opter pour des entreprises dont les formules tarifaires sont indexées selon l’inflation. C’est typiquement le cas des entreprises de services aux collectivités, telles que les fournisseurs d’eau et de gaz, qui peuvent adapter aisément leurs prix à l’inflation.

En outre, d’autres valeurs offrent une certaine protection contre l’inflation. Pensez à l’immobilier commercial, où les loyers sont indexés selon la hausse du coût de la vie.

La protection contre l’inflation le plus souvent citée est toutefois l’or. Le métal précieux doit surtout ce titre à ses excellentes performances pendant la grande inflation des années 1970. Une analyse de plusieurs catégories d’actifs sur une période de 112 ans a amené Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, de la London Business School, à conclure en 2012 que la valeur réelle de l’or n’était pas affectée par l’inflation. "Cela n’empêche pas d’identifier des périodes où les investisseurs en or auraient effectivement subi une perte de pouvoir d’achat s’ils avaient vendu", soulignent-ils. "De plus, l’or ne produit pas de flux de revenus et son rendement réel à long terme est faible. Il est à peu près égal à celui du marché immobilier résidentiel. Cependant, la satisfaction découlant de la possession ou du stockage d’un lingot d’or est limitée, alors que les propriétaires d’une maison, eux, vivent dans leur investissement."

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