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"Laissons les grandes industries produire elles-mêmes de l'énergie verte"

Alexis Zenner (Managing Director VPK Paper), David Zenner (Head of Consumer Centricity Elia), Rolph Zaman (Head of Feedstock & Energy Borealis)

Le Green Deal européen ne nous laisse guère le choix : d’ici 2050, nos grandes industries devront aussi être climatiquement neutres à 100 %. Les entreprises de production se préparent déjà à une électrification intense en produisant de l’énergie renouvelable. Cette dernière ayant un impact important sur le réseau électrique belge, le gestionnaire de réseau Elia a créé un département entièrement dédié à cette problématique.

Quel est l’impact actuel de la transition énergétique sur vos activités ?

Rolph Zaman (Head of Feedstock & Energy chez Borealis) :

“L’industrie pétrochimique emploie exclusivement des carburants fossiles, qui composent par ailleurs la colonne vertébrale de toute notre production. Nous préférons dès lors parler de ‘neutralité climatique’ plutôt que de ‘décarbonisation’. La neutralité climatique fait partie intégrante de notre stratégie. D’ici 2030, 50 % de l’énergie que nous consommons devrait provenir de sources renouvelables. Nous comptons y parvenir en investissant, là où c’est possible, dans des éoliennes, des parcs solaires et des centrales biomasse sur nos sites, en combinaison avec des contrats à long terme conclus avec des fournisseurs externes. Depuis cette année, nous achetons par exemple une part importante de notre électricité au parc éolien Mermaid en mer du Nord. Notre contrat porte sur les 10 prochaines années. C’est un changement majeur pour un gros consommateur comme Borealis ! Nous y croyons fermement malgré tout, car les applications de nos propres produits devraient contribuer à rendre possible ce basculement vers les énergies renouvelables. En plus de l’électricité, nous améliorons en permanence nos processus de production pour les rendre encore plus écoénergétiques, et nous misons massivement sur le développement du recyclage mécanique et des matières premières renouvelables ou chimiquement recyclées. Nous souhaitons également capter les émissions résiduelles de CO2 à la fin de notre processus de transformation pour les réutiliser.”

Alexis Zenner (Managing Director chez VPK Paper) :

“Sur notre site d’Oudegem, nous consommons autant d’électricité que l’ensemble de la ville de Termonde… mais nous la produisons nous-mêmes ! Pour nous, la décarbonisation implique surtout que nous consommions un minimum de carburants fossiles primaires. Notre processus de fabrication exige une chaleur considérable. En revanche, notre papier, fabriqué entièrement à partir de papier recyclé, est lui-même 100 % recyclable. Pour nous, le défi se situe donc surtout dans le processus de production, où nous tentons de maximiser notre efficacité énergétique. Parallèlement, nous essayons de rendre notre énergie aussi climatiquement neutre que possible, entre autres avec du biogaz que nous transformons en chaleur et en électricité. Le problème, c’est que nous avons besoin de carburant fossile pour produire cette électricité. A l’avenir, nous comptons le remplacer par de la biomasse, du biogaz ou de l’hydrogène.”

"Sur notre site d’Oudegem, nous consommons autant d’électricité que l’ensemble de la ville de Termonde… mais nous la produisons nous-mêmes !"
Alexis Zenner
Managing Director chez VPK Paper

L’Europe a-t-elle placé la barre trop haut pour l’industrie ?

Alexis Zenner: “Nous n’avons pas vraiment le choix : nous devons lutter contre le réchauffement climatique. Mais n’oublions pas que nos entreprises fabriquent des produits qui répondent à un souhait voire un besoin des consommateurs. C’est tous ensemble que nous devrons faire des efforts. Personnellement, je pense que nous bénéficions d’une certaine avance en Belgique : notre pays est très densément peuplé et nous disposons d’un réseau électrique bien géré et stable. Cette densité de population se révélera un atout supplémentaire lorsque nous mettrons en place des réseaux de chaleur.”

En tant que gestionnaire de réseau, Elia se montre-t-elle aussi optimiste ?

David Zenner (Head of Consumer Centricity chez Elia) : “La stratégie énergétique de nos clients industriels évolue. Par conséquent, ils nourrissent d’autres attentes envers notre réseau à haute tension. Nous faisons tout pour y répondre au mieux en adaptant à la fois le volet matériel et logiciel. Nous comptons installer des interconnexions en mer qui donnent accès aux grands parcs éoliens installés au large de la mer du Nord. En raison de l’augmentation des volumes d’énergie renouvelable que cela implique, nous devrons parallèlement poursuivre la digitalisation de notre système électrique afin de maintenir l’équilibre entre la demande et une production variable. Nous n’y arriverons que si nous mettons intelligemment en pratique des moyens d’équilibrage flexibles. C’est un défi capital pour l’industrie.”

Devant l’émergence des voitures électriques et l’intérêt croissant pour les bâtiments intelligents, Elia compte nouer de nouveaux partenariats. Existe-t-il des projets comparables avec de grands acteurs industriels ?

David Zenner (Elia): “La grande industrie est déjà un partenaire important. Nous travaillons ensemble depuis des années à la gestion de la demande en tirant pleinement parti de la flexibilité de l’industrie. Nous sommes des pionniers en Europe dans ce domaine. Par exemple, nous devons moins souvent faire appel aux centrales au gaz pour maintenir le système en équilibre. Vu l’importance de l’électrification pour l’industrie, nous nouons de nouveaux partenariats. Dans un monde où nous visons à produire et à consommer un maximum d’énergie renouvelable, nous avons plus que jamais besoin les uns des autres. Nous garantissons l’approvisionnement et l’industrie nous fait profiter de sa flexibilité.”

Comment l’industrie peut-elle réaliser cette électrification ? N’est-il pas plus compliqué de fournir sur mesure de l’électricité verte à des géants industriels que de répondre à la demande du marché résidentiel ?

"Je pense que la chimie des processus pourrait bientôt nous permettre de disposer de grosses batteries qui absorberaient l’énergie excédentaire bon marché aux moments où le réseau n’en a pas besoin et la transformeraient en hydrogène."
Rolph Zaman
Head of Feedstock & Energy chez Borealis

Rolph Zaman (Borealis): “En ce qui nous concerne, l’électrification est essentielle pour atteindre à terme la neutralité climatique. Nous aurons donc besoin de davantage d’énergie renouvelable. Elle peut être produite localement, là où elle est consommée, ou ailleurs quand cela a du sens, comme dans les parcs offshore, reliés à de gros consommateurs via des réseaux bien connectés. Même avec le niveau de consommation actuel, la production future d’électricité verte ne suffirait pas, loin de là. Le défi est gigantesque: nous devons investir massivement, sinon nous n’y arriverons tout simplement pas ! En même temps, je pense que la chimie des processus pourrait bientôt nous permettre de disposer de grosses batteries, via la technologie de l’électrolyse par exemple, qui absorberaient l’énergie excédentaire bon marché aux moments où le réseau n’en a pas besoin, et la transformeraient en hydrogène qui interviendrait ensuite dans la fabrication de produits chimiques et de matériaux à haute valeur ajoutée. Avec le port d’Anvers et son industrie chimique, nous disposons de vrais atouts pour jouer un rôle de pionnier au niveau mondial.”

Alexis Zenner (VPK): “Nous plaidons pour que la problématique des besoins supplémentaires en énergie renouvelable soit autant que possible résolue au niveau des entreprises, au lieu d’investir dans de nouvelles centrales au gaz. L’inconvénient d’une centrale électrique classique est qu’elle produit beaucoup de ‘chaleur fatale’, fréquemment évacuée dans l’air via les tours de refroidissement. Or, l’industrie peut, dans de nombreux cas, réutiliser cette chaleur, avec à la clé un ratio d’efficacité supérieur à celui de l’énergie primaire. Je suis convaincu que, dans les années qui viennent, une part importante de nos voitures et même de nos camions pourront être rechargés avec de l’électricité produite localement. En réalité, nous considérons Elia davantage comme un partenaire que comme un client ou un fournisseur.”

David Zenner (Elia): “L’ensemble du système sera en effet nettement plus décentralisé, à l’exception peut-être des grands parcs éoliens offshore. Cela dit, cette électrification est d’ores et déjà une réalité. Et il est de notre devoir de la faciliter avec des technologies intelligentes. Nous éviterons ainsi toute surcharge du réseau. En ce sens, la consommation d’énergie suivra la production plutôt que l’inverse.”

"Nous utilisons déjà au maximum la flexibilité de l’industrie. Dans ce domaine, nous faisons partie des pionniers en Europe."
David Zenner
Head of Consumer Centricity chez Elia

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