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"Un modèle d'affaires durable est économiquement rentable"

Qu'est-ce que la durabilité? Faire de la planète un monde meilleur. La définition semble ridiculement simple et peut-être même un tantinet naïve. “Si les consommateurs, les citoyens, désirent une société durable, les entreprises suivront”, estime toutefois Patrick Rottiers chez EY Belgium. “Elles devront innover pour développer des modèles commerciaux rentables. Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas possible!” Inge Boets, administratrice indépendante, acquiesce: “Je crois fermement en la volonté et en la capacité des individus et des entreprises à utiliser l'innovation pour répondre aux défis auxquels ils sont confrontés.”

“Si je dois me rendre à Bruxelles, je prends presque toujours le train”, témoigne Patrick Rottiers, CEO d’EY Belgium. “La gare de Diegem est à 10 minutes à pied du siège d'EY Belgium. C'est souvent le moyen le plus rapide de se rendre au centre de Bruxelles – j'ai choisi l'option écologique et j'ai donné l'exemple à nos collaborateurs.” Inge Boets précise quant à elle que les livraisons de son œnothèque La Scoperta à Anvers s'organisent en vélo cargo. “Ce sont de petits pas vers un monde plus durable, mais ils sont importants.”

“Je pourrais aisément résumer la durabilité en une phrase: How to save the planet?”, ajoute Patrick Rottiers. “Nous travaillons tous très dur pour atteindre des objectifs à long terme, mais par le passé, nous n'avons pas toujours été conscients des conséquences dans un contexte plus large. Pourtant, la volonté de créer un monde vert, durable et meilleur doit venir de nous-mêmes.”

Dépasser les rapports trimestriels

Inge Boets
  • Master en sciences économiques appliquées et formation en leadership stratégique à Harvard et à l'IMD
  • A mené une longue carrière chez EY, tant dans l’audit que dans le conseil
  • Ancienne dirigeante d'EY Global Business Risk
  • En 2011, elle a réorienté sa carrière professionnelle pour devenir administratrice indépendante. Elle est actuellement présidente du comité d'audit d'Euroclear et d'Ontex, et présidente du conseil d'administration de Qrf et d'Econopolis
  • Depuis 2010, elle gère La Scoperta à Anvers, une œnothèque qui importe et vend des vins et des produits alimentaires italiens artisanaux

 

“Lorsque l'on évoque la durabilité, tout le monde pense spontanément au CO2, au changement climatique, au vert”, reprend Inge Boets. “Bien sûr, il s'agit d'une partie importante et essentielle de la durabilité. Mais pour moi, c'est bien plus que cela. Il s'agit d’une vision de long terme, au-delà des enjeux du présent, de la terreur des rapports trimestriels et des analystes; il s’agit de rendre les entreprises et les organisations moins fragiles, d’envisager la finalité au lieu de la maximisation du profit, de faire en sorte que les entreprises et la société en général gagnent en qualité, à travers les générations. Faire du monde un endroit meilleur pour soi et pour les autres: les entreprises saines devraient inclure ces valeurs dans leur stratégie et formuler leurs objectifs ESG – environnementaux, sociaux et de gouvernance.”

Aux yeux d’Inge Boets, rendre le monde meilleur pour soi-même et pour les autres n'est pas incompatible avec la rentabilité. “Le débat social a connu une avancée déterminante ces 20 dernières années sous l'impulsion du changement climatique. La science a mené des recherches approfondies à ce sujet et les médias ont réagi. Lorsque des gens comme Al Gore ont sorti un film sur le sujet, beaucoup ont commencé à réfléchir. Au début, cette discussion sociale intéressait surtout les jeunes, mais elle bénéficie désormais d'un large soutien.”

Les entreprises doivent participer au mouvement… et cela ne doit pas forcément leur coûter cher. “L'entreprise durable devient une nécessité, y compris d'un point de vue stratégique et économique. Car les matières premières se font plus rares et plus coûteuses, les attentes des consommateurs évoluent... Il faut trouver des alternatives, non seulement pour le climat, mais aussi parce que dans le cas contraire, on risque de se heurter à des problèmes stratégiques. Quant aux investisseurs, ils prennent le train en marche. Le développement durable est un modèle économique rentable à long terme, nous en sommes de plus en plus convaincus.”

Dans le cœur des gens

Patrick Rottiers souligne également les évolutions majeures survenues. “Bien que des efforts frénétiques pour rendre le monde meilleur aient été parfois consentis dans le passé, ils n'ont pas dépassé le stade du reporting. L'entreprise ajoutait un chapitre sur la durabilité dans son rapport annuel et estimait avoir fait le tour de la question. Au cours des cinq années écoulées, nous avons commencé à penser la durabilité en termes plus concrets et à l'intégrer dans les stratégies commerciales. C'est le minimum des mesures à prendre.”

“Au sein des conseils d'administration, l'entrée des nouvelles générations dans l'entreprise ne passe pas inaperçue. Mes enfants me demandent parfois pourquoi je prends la voiture et pas le vélo. C'est une préoccupation des jeunes d'aujourd'hui. Je suis certain que nous allons dans la bonne direction grâce au changement de génération. La nouvelle génération s'attaque aux stratégies d'entreprise, mais hélas, elle a peu de points de référence au niveau international.”

Patrick Rottiers
  • Master en économie et Far Eastern Business
  • Actif chez EY depuis 1988
  • Partner depuis 2000
  • Real Estate Leader EY Belgium en 2003
  • Managing Partner de la région Anvers et Limbourg en 2008
  • Partner responsable d'EY Réviseurs d'entreprises en 2011
  • Membre du comité de direction pour la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France
  • Membre du comité de direction pour l’Europe West
  • CEO d'EY Belgium depuis 2017

 

En avril, l'Union européenne a lancé une nouvelle initiative avec des normes uniformisées. “C'est absolument nécessaire”, juge Inge Boets. “Le grand défi, pour le public comme pour les investisseurs, consiste à comprendre la durabilité. Il faut être capable de comparer des secteurs, des entreprises et des pays.”

Dans le même souffle, les deux spécialistes mentionnent le Green Deal européen, même s'ils pensent que son nom a été mal choisi. “L'accord va – heureusement – bien au-delà des thèmes écologiques, puisqu’il inclut l'objectif d'une société équitable, les droits des consommateurs, etc.”, détaille Inge Boets, qui y voit “une initiative merveilleuse, soutenue par des investissements massifs”. “L'Europe crée un cadre juridique et cet engagement est positif, mais je reste persuadé qu’il doit trouver écho dans le cœur des gens pour réussir”, nuance Patrick Rottiers.

Conséquences géopolitiques

Patrick Rottiers et Inge Boets ne considèrent pas la crise du coronavirus comme un obstacle à la durabilité. “La pandémie est une bonne leçon à retenir”, avance le premier. “Même dans une période difficile où tant de choses ont changé, nous avons montré que l'homme est suffisamment agile pour faire face à n'importe quelle situation. Ceci dit, la crise a révélé les failles dans les chaînes d'approvisionnement. La mondialisation a été remise en question, à juste titre.”

“Bill Gates a récemment écrit un ouvrage sur le problème climatique, où il démontre que ce sont les pays riches qui causent une grande part des problèmes, mais les pays les plus pauvres qui en souffrent le plus – pensez aux sécheresses, aux inondations, aux problèmes agricoles et alimentaires”, complète Inge Boets. “Si nous voulons amener les populations des pays émergents au même niveau économique que les pays riches, les défis sont immenses. Nous ne devons pas perdre de vue les conséquences géopolitiques. Notre responsabilité ne s'arrête pas aux frontières.”

Tous deux se veulent cependant extrêmement optimistes. “Si les consommateurs, les citoyens, désirent une société durable, les entreprises suivront”, conclut Patrick Rottiers. “Elles devront innover pour développer des modèles commerciaux rentables. Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas possible.”

“Les pailles en plastique constituent un exemple intéressant, bien qu’un peu ‘léger’. Si personne n'en veut, les fabricants commercialiseront une alternative. Il faut être innovant et penser à long terme. Prenez les combustibles fossiles, dont nous comptons un producteur parmi nos clients. Dans notre dernier rapport de commissaire, nous avons osé affirmer que les combustibles fossiles pourraient être remplacés dans un certain nombre d'années. Bien sûr, nous donnons aussi le bon exemple. EY a mis en place un plan de mobilité ambitieux qui permettra de réduire nos émissions de CO2 de 600 tonnes. Pour ce faire, nous encourageons nos collaborateurs de façon intense et durable à passer aux voitures électriques (partagées) et aux véhicules hybrides. Malheureusement, il n'est pas possible de supprimer totalement les voitures de société. Tous nos clients ne sont pas accessibles de manière optimale par les transports publics. Pas encore.”

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