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“La technologie est un soutien mais c’est l’agriculteur qui décide”

Wouter Saeys, professeur au département des biosystèmes de la KU Leuven

Changement climatique, crise énergétique, inflation: les agriculteurs, horticulteurs et éleveurs de bétail sont confrontés à des défis majeurs qui rendent leur travail et leurs modèles de rémunération plus complexes. La technologie peut-elle les soutenir tout en augmentant la qualité et la durabilité de leurs produits? “Les capteurs, les Big Data et les drones peuvent faciliter le travail des agriculteurs et les aider à rester compétitifs”, estime le professeur Wouter Saeys, expert en agriculture de précision.

Comme dans la grande majorité des secteurs, la révolution numérique est en cours chez les agriculteurs et les éleveurs. La technologie leur fournit des yeux, des oreilles et des mains supplémentaires pour travailler avec encore plus de précision. Cette assistance leur permet d'effectuer la bonne action au bon endroit et au bon moment; ils doivent moins se reposer sur leur instinct ou à leur intuition. Afin de maintenir la viabilité financière de leurs activités, de nombreuses exploitations agricoles ont considérablement élargi leur échelle.

La route vers une chaîne alimentaire intelligente

“La technologie peut aider les agriculteurs à avoir une meilleure vue d'ensemble de leurs activités, puis à se diversifier dans ce cadre”, indique Wouter Saeys, professeur au département des biosystèmes de la KU Leuven. Son unité de recherche se concentre, entre autres, sur les capteurs et dispositifs intelligents pour les applications agricoles.

Une grande surface avec beaucoup de cultures ou d'animaux impliquait autrefois une approche unique: c'était le seul moyen de tout gérer. “Au sein d’une exploitation de cette taille, on constate cependant de grandes variations: entre les animaux, entre les champs, et même entre les cultures dans un même champ.”

Imagerie par satellite

La technologie offre aux agriculteurs de réagir et d'anticiper de façon nettement plus ciblée. Par exemple, au lieu de traiter uniformément un champ entier contre les mauvaises herbes, des technologies telles que les capteurs intelligents sur les machines agricoles et l'analyse des données peuvent garantir que seules les parties où les mauvaises herbes pullulent sont pulvérisées ou désherbées.

“Grâce à un collier intelligent porté par les vaches ou à une puce placée sur les porcs, on peut identifier un comportement anormal ou un animal malade à un stade précoce”, ajoute Wouter Saeys. “Cet animal peut être isolé et traité de manière ciblée, cela évite à l’éleveur de devoir traiter toute l'étable aux antibiotiques. Le travail des agriculteurs et des éleveurs gagne à la fois en efficacité et en durabilité.”

Les agriculteurs évitent d’investir dans des innovations dont la valeur ajoutée n'est pas encore suffisamment démontrée.

Wouter Saeys
professeur au département des biosystèmes de la KU Leuven

L'imagerie par satellite peut jouer un rôle dans ce contexte. Les satellites Sentinel-2 de l'Agence spatiale européenne, qui survolent notre pays tous les cinq jours, collectent systématiquement des images à haute résolution de la végétation terrestre. “Ces images peuvent conduire les agriculteurs à mieux mesurer l'évolution des cultures dans leurs champs. Ils peuvent voir en un coup d'œil dans quelles zones les cultures se développent bien, où elles sont à la traîne et s'il s'agit d'un phénomène ponctuel ou annuel.” Sur la base de ces connaissances, les zones peuvent être traitées de manière spécifique.

L’humain décide

Certes, des capteurs intelligents, des logiciels et des applications traitent toutes ces données et suggèrent les actions possibles, mais la décision finale revient à l'agriculteur. “Une ferme entièrement gérée par la technologie relève encore de la science-fiction et n'est d'ailleurs probablement pas souhaitable”, souligne Wouter Saeys.

Si la technologie fournit des informations et des perspectives, l'expérience et la perspicacité humaines demeurent indispensables pour gérer correctement une entreprise agricole. Des machines intelligentes peuvent alors aider à réaliser des tâches particulières, comme fertiliser plus ou moins certaines zones d'un champ ou récolter uniquement les fruits les plus mûrs.

“La décision humaine reste également nécessaire pour mettre en balance les risques et les conséquences financières”, prolonge Wouter Saeys. “L'agriculteur qui ajoute des engrais sur une zone augmente le risque de contamination des eaux souterraines et de surface. S'il ne fait pas l'appoint, il risque de perdre en rendement… Ce sont des compromis et des choix qui doivent impérativement être accomplis par un être humain.”

Drone-in-a-box

De l'épandage d'herbicides ou d'engrais à l'optimisation de la gestion des champs, en passant par l'aide à la recherche sur la reproduction, les drones peuvent eux aussi contribuer à une agriculture plus précise et plus efficace.

“Ils sont parfois très utiles, c’est vrai, mais le coût est toujours un problème”, nuance Wouter Saeys. “Un pilote qualifié doit piloter le drone et le maintenir dans son champ de vision. Recourir à une personne disposant de cet équipement et de cette expertise coûte assez cher. Il est donc difficile, pour les agriculteurs, de rentabiliser les connaissances acquises à partir de ces données.”

Il en va autrement des petits drones autonomes. Une entreprise néerlandaise vend déjà un drone mis au point en interne et qui lutte de façon proactive contre les populations d'insectes dans les serres. En éliminant sélectivement les insectes nuisibles, il maintient l'équilibre écologique dans un écosystème de serre. Une méthode durable de lutte contre les insectes, en d'autres termes.

Une ferme entièrement gérée par la technologie relève toujours de la science-fiction.

Wouter Saeys
professeur au département des biosystèmes de la KU Leuven

“Des applications ‘drone-in-a-box’ sont en cours de développement en Belgique”, note Wouter Saeys. “Les drones partent d'une station de base, effectuent leur vol et reviennent ensuite pour recharger leurs batteries.” Avec un bémol: cet investissement n'étant rentable que si un nombre suffisant de vols peuvent être effectués en un seul endroit, “je ne vois pour le moment que peu d'applications concrètes pour l'agriculture”.

Investir ou pas?

Avant qu'un agriculteur investisse dans la technologie, il doit être sûr à 100% que la solution intelligente tiendra ses promesses et sera rentable.

“De nombreux agriculteurs ont déjà adopté le pilotage de leurs machines agricoles par GPS”, avance Wouter Saeys. “Ils plantent ainsi en rangs plus droits, travaillent la terre avec moins de chevauchements et consomment moins de carburant. Les avantages sont évidents pour eux tous les jours. En revanche, les agriculteurs préfèrent ne pas investir dans des innovations dont la valeur ajoutée n'est pas encore suffisamment démontrée.”

La technologie peut également faciliter l'administration d'une exploitation et donc rendre le travail plus durable. “Lorsque les agriculteurs pulvérisent un certain produit sur leurs terres, ils doivent chercher sur la notice ou l'étiquette quelles doses utiliser à quels endroits. Si le produit est lu automatiquement et qu'un lien est établi avec un système GPS pendant la distribution, les agriculteurs savent immédiatement quel produit appliquer, où et en quelle quantité. Cela réduit clairement le risque d'erreur.”

Robots

Le comptage et l'identification des insectes actifs dans un champ relèvent toujours de l'humain. Des plaques engluées sont utilisées à cette fin. “Des essais sont en cours où, à l'aide d'une caméra, du cloud et de l'intelligence artificielle, la lecture de ces pièges se fait automatiquement. L'agriculteur sait immédiatement si une infestation d'insectes est imminente et s'il y a suffisamment de pollinisateurs comme les abeilles.”

Qu’en est-il de l'avenir de l'agriculture? “La technologie y jouera un rôle croissant”, prédit Wouter Saeys. “La main-d'œuvre est chère et pour rester compétitifs, les agriculteurs auront besoin de solutions intelligentes. Il est possible que d'autres robots entrent en jeu.”

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