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"Il est toujours rassurant de bénéficier de revenus réguliers d'un fonds d'investissement"

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Les fonds qui limitent les pertes durant les mauvaises années n’ont pas vocation à exploiter pleinement les embellies conjoncturelles. De surcroît, lorsque cette stabilité accrue s’accompagne de revenus périodiques attrayants, tout le monde tend l’oreille – y compris ceux qui ont peur de la Bourse.

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"Ne devrais-je pas transférer un peu plus d’argent de mon compte à vue vers mon compte d’épargne? Jadis, cette question était à peu près la seule que se posait l’épargnant en matière d’investissement", avance Knut Huys, gestionnaire de fonds chez Deutsche Bank. "Aujourd’hui, ce type de transfert ne rapporte quasiment plus rien."

L'origine est à rechercher dans la politique monétaire extrêmement souple menée par les banques centrales. En effet, plus de 70% des obligations publiques émises dans le monde rapportent moins de 1% d'intérêt. Et les taux proposés sur les comptes d’épargne belges sont proches de 0%. "Cette situation contraste singulièrement avec les quatre décennies qui ont précédé la crise financière", observe Yannick Nelissen Grade, Sales Director pour la Belgique du géant des fonds Fidelity International. "À l’époque, les investisseurs pouvaient encore obtenir un bon rendement en plaçant simplement leurs économies dans des obligations publiques. Plus nous restons englués dans le climat actuel, plus nos clients seront enclins à courir des risques accrus. Encore faut-il les convaincre que les fonds constituent une bonne solution."

Autour de la table, Anne Frérart (directeur commercial chez Belfius), Patrick Dallemagne (directeur de la branche private banking de CBC), Peter Kruyniers (Product Manager chez ING) et Dries Stragier (spécialiste des fonds chez BNP Paribas Fortis Private Banking) opinent.

Pourquoi les clients se laissent-ils si difficilement convaincre?

Frérart: "Ceux qui ont connu la crise financière de 2008 y ont souvent perdu beaucoup d’argent. Cette expérience suscite une grande méfiance à l’égard des risques."

Dallemagne: "Il faut dès lors faire preuve de beaucoup de pédagogie pour les inviter à investir de petits montants dans des fonds, quelques dizaines d’euros par mois. Ils surmonteront ainsi leur peur de l’inconnu. En outre, le capital investi après quelques années sera significatif."

Nelissen Grade: "En investissant régulièrement, ils aplanissent également les fluctuations des cours de Bourse, car ils achètent à la fois quand les taux sont haussiers ou baissiers."

N’est-il pas contradictoire de viser un rendement raisonnable sans prendre trop de risques tout en évitant les pics de volatilité dans les conditions de marché actuelles?

Frérart: "Même si vous préférez les produits à revenus fixes, vous devrez prendre un peu plus de risques pour obtenir du rendement. En passant par les obligations à haut rendement des pays émergents, par exemple. Cependant, ces risques plus élevés rebutent encore de nombreux clients. D’où le succès des fonds multi-actifs qui combinent un large éventail de catégories d’actifs et une limitation des risques intrinsèques."

Stragier: "C’est très juste. Auparavant, on courait surtout des risques avec les actions, moins avec les obligations. Aujourd’hui, les deux types de produits sont risqués. Mais une bonne diversification permet d’obtenir un rendement légèrement supérieur et un peu plus de protection."

Nelissen Grade: "Un argument important en faveur des fonds multi-actifs est qu’ils conjuguent plusieurs catégories d’actifs présentant théoriquement de faibles liens statistiques, telles que l’infrastructure, l’immobilier et les portefeuilles de crédit. Ce panachage aide à réduire la volatilité totale du portefeuille."

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Qu’en est-il de la popularité des fonds multi-actifs?

Nelissen Grade: "Je remarque un changement de mentalité. Ces fonds s’imposent comme la catégorie d’actifs dominante dans les portefeuilles de placements. Ils ont déjà dépassé les actions et les obligations classiques auprès d’un nombre croissant de banques privées actives dans la gestion discrétionnaire."

Dallemagne: "Nos clients apprécient particulièrement la flexibilité inhérente à ces fonds en termes de pondération des catégories d’actifs. Il est possible de modifier rapidement la composition du portefeuille en fonction de la situation."

Revenus

Quels arguments plaident en faveur des "income funds", ces fonds qui investissent dans des produits porteurs de revenus (coupons ou dividendes) pour les redistribuer périodiquement?

Frérart: "On constate une forte demande de revenus, en particulier chez les clients qui approchent de l’âge de la retraite. Ils subiront bientôt une nette diminution de leurs revenus mensuels et recherchent des manières d’investir leurs économies de façon à percevoir des rentrées supplémentaires sur base annuelle ou trimestrielle. Ils pourront ainsi continuer à se permettre tous ces petits extras dont ils profitaient par le passé."

Kruyniers: "Ces produits facilitent également les investissements à long terme. Car l’investisseur bénéficie régulièrement de rentrées de fonds. C’est plus rassurant qu’un fonds qui ne verse rien et dont il voit le cours fluctuer chaque jour."

Nelissen Grade: "C’est vrai. Même si la valeur d’inventaire du fonds connaît un creux, vous touchez un rendement annualisé estimé de 5%, sans garantie. Pour la plus-value, il faut s’armer d’une vision à un peu plus long terme, de trois à cinq ans minimum."

Certaines banques n’hésitent pas à promettre des rendements beaucoup plus élevés.

Stragier: "On a effectivement assisté à un certain moment à une surenchère entre les banques, mais les rendements promis n’étaient pas réalistes."

Nelissen Grade: "Ce n’est pas sans risque pour le client. Imaginez qu’un fonds promette du 8%, un rendement totalement inconcevable aujourd’hui. Le gestionnaire peut ‘résoudre’ le problème en distribuant une partie du capital, certes, mais cela revient à rémunérer le gestionnaire pour vous reverser votre propre capital! Je préfère un fonds avec un objectif, réaliste mais non garanti, de 4%, à un fonds qui affiche un coupon fixe de 8% mais pourrait se voir contraint d’écorner votre capital."

Kruyniers: "Dans un certain nombre d’income funds, cette pratique est explicitement interdite dans le prospectus, ce qui protège l’investisseur. Soyez donc attentif, d’autant qu’en cas de redistribution d’une partie du capital sous forme de dividende, l’investisseur devra s’acquitter du précompte mobilier. Ce n’est pas pratique."

Stragier: "Si vous commencez à distribuer le capital, le point de départ importe. Ainsi, en cas de distribution juste avant une crise, vous récupérerez une partie de la mise que vous auriez peut-être perdue au cours des mois suivants."

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Limiter les risques

Quel est l’aspect le plus important pour les clients dans les fonds multi classes d'actifs? Le rendement ou l’assurance d’une perte limitée en cas de tempête boursière?

Stragier: "Nos clients semblent enclins à privilégier la limitation du risque de baisse au détriment de la hausse des revenus. Si vous parvenez à limiter votre perte dans les moins bonnes années, votre portefeuille devra moins s’apprécier, lorsque la conjoncture s’améliorera, pour obtenir un résultat moyen satisfaisant."

Kruyniers: "Un avantage supplémentaire réside dans la grande flexibilité dont disposent les gestionnaires de fonds multi-actifs pour accroître les liquidités s’ils estiment que le risque d’une correction devient excessif. Ils peuvent ainsi intégrer davantage de protection."

Est-ce le principal atout d’un gestionnaire professionnel: "prendre les commandes" à des moments où l’investisseur pourrait céder à la panique?

Huys: "Les petits porteurs ont besoin d’un plan stratégique pour générer des revenus de manière sensée. Or, leurs chances d’y parvenir sont plus élevées lorsqu’ils sous-traitent cette tâche à des gestionnaires qui suivent leurs avoirs au quotidien, que lorsqu’ils tentent de le faire eux-mêmes."

Dallemagne: "Dans le passé, les investisseurs ont souvent dû subir des résultats décevants découlant de leur approche personnelle. Ils sont dès lors disposés à payer les frais de gestion d’un fonds multi-actifs. Lorsque nous conseillons un fonds, nous tenons notamment compte de ses performances historiques et de la stabilité de l’équipe de gestion."

Cet historique est-il pertinent, les fonds multi-actifs n’existant que depuis cinq ans environ?

Dallemagne: "C’est pourquoi nous observons également l’historique de la maison de fonds. Comment ses fonds classiques les plus proches des fonds multi-actifs en termes de composition se comportent-ils à long terme?"

Point de départ

Le moment est-il favorable pour commencer à investir dans des fonds multi-actifs?

Stragier: "Les conditions sont en tout cas plus favorables qu’il y a cinq ans. La plupart des porteurs investissent dans des fonds obligataires ou multi-actifs après une crise, alors qu’à ce moment précis, il est plus judicieux de se positionner de manière plus agressive afin d’exploiter le potentiel haussier. Aujourd’hui, nous sortons d’un cycle très porteur. Ceux qui achètent des fonds multi-actifs pourront toujours profiter de la hausse des cours des actions, mais ils couvriront également une partie des risques de baisse."

Huys: "Il convient par ailleurs de diversifier son investissement parmi plusieurs fonds multi-actifs. Vous combinez ainsi les avis de plusieurs investisseurs sur les mêmes actifs et percevez plus régulièrement des revenus. Certains fonds en distribuent chaque année, d’autres tous les trois mois. Vous pouvez faire votre sélection vous-même ou suivre le conseil de votre banquier, par exemple via un mandat discrétionnaire."

Les investisseurs ne peuvent-ils composer eux-mêmes leur portefeuille multi-actifs?

Huys: "Les investisseurs qui souhaitent des revenus réguliers ont intérêt à confier leurs économies à un gestionnaire professionnel qui investit dans des marchés de niche, où il est toujours possible de découvrir des dividendes et coupons potentiellement élevés. Cette pratique exige des connaissances que les investisseurs privés possèdent rarement. Il leur est difficile d’établir si une obligation à quatre ans assortie d’une note BB représente un meilleur investissement qu’une obligation à trois ans notée BBB+…"

Kruyniers: "Il est beaucoup moins aisé d’investir en obligations aujourd’hui. Des seuils d’entrée de 50.000 euros n’ont plus rien d’exceptionnel. Pour les fonds, ils ne posent aucun problème; pour les investisseurs qui veulent pouvoir se rabattre rapidement sur des obligations en cas de détérioration des conditions de marché, les options sont plus limitées. Et puis, le client moyen ne comprend guère les options qu’offre une catégorie d’actifs donnée. Au rayon des obligations, pensez aux différentes possibilités d’investir dans des obligations bancaires ou dans des instruments hybrides."

"Le client mérite d’avoir son propre plan d’investissement"

Plus de 260 milliards d’euros sont parqués sur des comptes d’épargne. La Bourse fait donc les yeux doux à celles et ceux qui recherchent un meilleur rendement. Or, les clients doivent, dans ce cas, recevoir davantage d’informations… et de meilleure qualité.

"Certains clients veulent à tout prix rester investis dans des comptes d’épargne ou d’autres produits à faible rendement, parce qu’ils ne veulent pas entendre parler des alternatives", déplore Patrick Dallemagne, directeur de la branche private banking de CBC. "L’expérience traumatisante de la crise boursière de 2008 n’y est certainement pas étrangère. Le pouvoir d’achat lié à l’argent placé sur leur compte d’épargne s’érode parce que l’inflation est plus élevée que le taux? Tant pis."

Un groupe de clients de plus en plus important commence néanmoins à s’intéresser à la Bourse, remarque-t-il. "Ce n’est pas encore un tsunami mais le processus semble engagé. Avant de passer à l’action, ces clients exigent cependant de leur banquier qu’il leur explique, dans des termes intelligibles, les tenants et aboutissants d’un tel investissement."

Un banquier doit-il parfois protéger ses clients contre eux-mêmes? Absolument, répond Anne Frérart, directeur commercial chez Belfius: "Malheureusement, la plupart des clients ont encore trop tendance à se baser sur les performances du passé. Il leur suffit de lire dans un quotidien que tel fonds a rapporté tant ces dernières années pour vouloir à tout prix l’intégrer dans leur portefeuille. Si le conseiller est convaincu que ce fonds a épuisé son potentiel, il doit replacer ces performances dans leur contexte."

"Il faut toujours veiller à provoquer des attentes réalistes quant à la performance d’un fonds", prévient Knut Huys, gestionnaire de fonds chez Deutsche Bank. "Le principe vaut pour chaque investisseur: si c’est trop beau pour être vrai, ce n’est sans doute pas vrai. Ne croyez donc pas ceux qui promettent un rendement sans risque de 8% sur un fonds." Il plaide dès lors pour que chacun dispose de son propre plan d’investissement. "Pour le client qui désire courir très peu de risques, un investissement en produits défensifs peut être une meilleure solution que le compte d’épargne. Si, en revanche, il a conscience qu’il peut prendre davantage de risques, l’investissement pourra se faire de manière un peu plus agressive."

Les investisseurs sont conseillés de tenir compte qu’il est bien possible que les avis donnés dans ce document, datés de novembre 2016, ne sont plus valables.

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