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"Les femmes ingénieures ont besoin de davantage de modèles"

Heidi Rakels, ingénieure civile en informatique: “En Inde, la moitié des ingénieurs en informatique sont des femmes. Cela devrait être également possible chez nous.”

C’est dans la profession d’ingénieur que les femmes sont les moins représentées. Comment vivent-elles le fait de travailler dans un “monde d’hommes”? Pourquoi si peu de femmes se lancent-elles dans une carrière d’ingénieure? Heidi Rakels, Sophie De Decker et Kristien Loontjens reviennent sur leur expérience. “Un diplôme d’ingénieure offre énormément de possibilités, un bon salaire et une sécurité de l’emploi.”

Heidi Rakels (52 ans) se sent à l’aise dans de nombreux domaines. Ingénieure civile en informatique de formation, elle a remporté une médaille de judo aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992 et cofondé l’entreprise de cybersécurité Guardsquare, dont elle fut CEO pendant cinq ans. Elle est très bien placée pour savoir comment une femme évolue dans les univers généralement réservés aux hommes.

“Tout bien considéré, mon cœur penche davantage vers la programmation”, nous confie-t-elle. “C’est un travail créatif. Je tire beaucoup de satisfaction lorsque je crée de nouvelles applications.”

“Pas pour les filles”

Cette spécialisation en tant qu’ingénieure ne fut pourtant pas évidente pour une femme. Depuis son plus jeune âge, Heidi Rakels aimait les mathématiques. Mais lorsqu’elle a demandé à ses parents de lui acheter un ordinateur durant ses études secondaires, ils ont estimé que “ce n’était pas pour les filles”. “Je n’ai donc jamais reçu cet ordinateur”, se souvient-elle. “Ce fut un handicap lorsque j’ai commencé mes études universitaires, car presque tout le monde s’était déjà frotté aux PC et à la programmation. J’ai dû partir de zéro.”

Conséquence? Heidi Rakels a été contrainte de travailler dur pour rattraper son retard. C’est pendant cette période de travail acharné qu’elle a contracté le virus de l’informatique. Après sa carrière de judokate, elle a travaillé 10 ans en tant que programmatrice pour plusieurs entreprises… à nouveau dans des bastions masculins. “Certaines des entreprises où je posais ma candidature commençaient par me proposer des emplois moins techniques, comme la vente et les relations publiques.”

Les femmes ingénieures doivent davantage faire la preuve de leur expertise dans les nouveaux projets.
Sophie De Decker
Business Unit Manager chez VINCI Facilities Belgium

Malgré son statut de célébrité du monde sportif, Heidi Rakels a dû, pendant ses entretiens d’embauche, faire plus largement la preuve de ses compétences. Même si elle considère que l’univers des ingénieurs n’est “pas particulièrement macho”, contrairement au monde du judo qu’elle a longtemps fréquenté.

L’Europe, la Chine et l’Inde

Sophie De Decker (43 ans), Business Unit Manager chez VINCI Facilities et ingénieure civile de formation, a dû elle aussi faire fréquemment ses preuves. “Il arrive très souvent que les femmes ingénieures doivent démontrer leurs compétences lors de nouveaux projets ou de réunions. Ces préjugés sont étranges, car les collègues masculins dotés du même diplôme sont d’emblée considérés comme compétents.”

En Chine, constate Kristien Loontjens (45 ans), directrice générale de la société d’ingénierie Actemium Shanghai, les femmes ingénieures ne sont pas perçues différemment de leurs homologues masculins. “Seuls 5% des ingénieurs sont des femmes. Et je suis moi-même minoritaire en tant que patronne d’entreprise. Malgré tout, les Chinois estiment que si vous occupez un poste, c’est que vous disposez des compétences requises. Dans la culture chinoise, que vous soyez un homme ou une femme ne fait aucune différence.”

Heidi Rakels trouve étrange que cette vision des choses ne domine pas dans notre pays. “En Inde, la moitié des ingénieurs informaticiens sont des femmes. L’équilibre entre hommes et femmes est bien respecté. Cela serait possible chez nous si nous encouragions les jeunes filles à se familiariser très tôt avec l’informatique.”

Modèles inspirants

Pour ces trois ingénieures, les femmes ont besoin de plus de modèles féminins au sein de la profession. “Cela permettrait de mieux connaître les possibilités de carrière assurées par ce diplôme”, estime Sophie De Decker. Son rêve était de devenir manager et elle n’aurait probablement jamais pensé spontanément à entreprendre des études d’ingénieur. “Ce sont mes parents qui m’ont poussée à prendre cette direction.”

Elle ne regrette rien. “Ce diplôme ouvre tellement de possibilités! Nous avons le choix entre des fonctions purement administratives, de la recherche et développement ou, comme dans mon cas, des postes de management.”

Heidi Rakels souligne que de nombreuses femmes ont posé leur candidature chez Guardsquare parce qu’elle en était la CEO. “Si nous pouvions traduire cet impact dans les études, le nombre de jeunes filles qui opteraient pour une carrière d’ingénieure augmenterait certainement.”

Lancez-vous, tout simplement

Quels conseils les trois ingénieures donneraient-elles aux autres femmes? “De se lancer, tout simplement: j’aimerais bien avoir plus de collègues féminines!”, sourit Sophie De Decker. “Un diplôme d’ingénieure offre énormément de possibilités, un bon salaire et une sécurité de l’emploi. Les entreprises se battent littéralement pour attirer ces talents.”

Il faut également arrêter de penser que les femmes ingénieures ont moins d’opportunités de carrière. “Les hommes aussi rencontrent des obstacles durant leur parcours”, conclut Heidi Rakels. “Les femmes doivent se concentrer sur leurs connaissances et leurs talents, et pas sur ce qui pourrait tourner mal. On évite ainsi les prophéties autoréalisatrices.”

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