Publicité
reportage

Le secteur de l'énergie se prépare à la transformation numérique

Stijn Viaene ©Frank Toussaint

Les gestionnaires du réseau électrique sont confrontés à une transformation numérique qui modifie radicalement leur business model. Outre leur rôle traditionnel de gestionnaire de l'infrastructure technique, ils pourraient, à l'avenir, également faire office de data hub ou de diffuseur neutre de données relatives à l'énergie.

Assistera-t-on à une 'ubérisation' du secteur de l'énergie ? Stijn Viaene, professeur à la Vlerick Business School, le pense. "Avant l'arrivée d'Uber, les taxis contrôlaient le business model. En effet, ils étaient propriétaires des voitures, et décidaient du quoi et du comment. Aujourd'hui, le contrôle glisse du propriétaire de la voiture vers le propriétaire des données, c'est-à-dire Uber. Nous assistons à un changement comparable  dans le secteur de l'énergie : l'acteur qui disposera des données relatives à la distribution d'énergie pourra contrôler le secteur tout entier."

Une infrastructure intelligente

Jorn De Neve ©Christophe Ketels

Néanmoins, pour l'instant, ce sont encore les gestionnaires de l'infrastructure qui contrôlent le secteur. Dans notre pays, il s'agit des gestionnaires du réseau haute tension, tels qu'Elia, et des gestionnaires du réseau de distribution, tels qu'Eandis et Infrax. Ils transportent l'électricité et le gaz naturel jusqu'au consommateur. Contrairement au secteur des taxis, différents gestionnaires européens du réseau de distribution  ont déjà fortement investi au cours des dix dernières années dans une infrastructure intelligente, appelée smart grid.

Ces investissements dans des compteurs et capteurs intelligents ont notamment été initiés par un modèle de distribution nouveau et plus complexe, déclare Jorn De Neve, partenaire chez KPMG.

Une production d'énergie décentralisée

"La production d'énergie se décentralise. Les énergies renouvelables représentent une part croissante du mix énergétique-biomasse, éoliennes et panneaux solaires en tête. Il y a donc un nombre nettement supérieur de petites 'centrales', dont la production fluctue énormément. L'ancien modèle de distribution était au contraire basé sur quelques grandes centrales ayant une production stable. La production locale d'énergie renouvelable mène, en outre, à ce que l'on appelle des 'prosommateurs', c'est-à-dire des particuliers ou entreprises qui produisent et consomment de l'énergie."

Un stockage d'énergie massif

Par ailleurs, on assiste à une importante évolution en matière de batteries, qui permettent de stocker localement l'électricité et pourraient se révéler rentables à l'avenir. "Les batteries pourraient atténuer les fluctuations au niveau de la production d'énergie, à l’aide de panneaux solaires par exemple, ce qui représente un avantage. Toutefois, des entreprises ou particuliers pourraient se  déconnecter du réseau général et développer leur propre réseau local, ce qui constitue un risque", prévient Jorn De Neve.

"Cette collecte de données permet une transformation numérique du secteur de l'énergie."
Stijn Viaene
professeur à la Vlerick Business School

L'accélération technologique

Selon le professeur Stijn Viaene, ces deux évolutions n'ont fait qu'accélérer le mouvement au cours des trois-quatre dernières années. Les gestionnaires européens du réseau de distribution ne sont pas restés les bras ballants et investissent toujours davantage dans des compteurs et capteurs intelligents, afin d’obtenir  des données encore plus précises sur qui produit et consomme quelle quantité d'électricité et quand. "Cette collecte de données permet une transformation numérique du secteur de l'énergie. Les gestionnaires du réseau de distribution pourraient ainsi se voir attribuer un rôle supplémentaire : non seulement la gestion de l'infrastructure, mais également la gestion des données de distribution", constate Stijn Viaene.

Un business model revu

Ce serait un rôle essentiel, car tout comme dans les autres secteurs, ces données ouvrent la voie à de nouvelles applications, par exemple afin d'accroître l'efficacité de la politique énergétique. La production peut  être adaptée plus précisément à la consommation. Les " smart cities " voient clairement où peuvent être réalisées les plus grosses avancées en matière d'économie d'énergie. Selon Jorn De Neve, le business model des gestionnaires du réseau de distribution pourrait être bouleversé en profondeur.

"L'accent ne sera plus mis sur la technologie, mais sur le client et les processus devant permettre de toujours mieux le servir."
Jorn De Neve
KPMG

"Les gestionnaires seraient dès lors non seulement responsables du réseau de distribution, mais également de la sécurité et de la mise à disposition des données, tout en garantissant, bien sûr, le respect de la vie privée. Le superviseur devra développer une nouvelle réglementation en la matière."

Une gestion neutre des données

Stijn Viaene ©Frank Toussaint

Pourquoi est-il préférable que ces données soient gérées par les gestionnaires du réseau de distribution? Le professeur Stijn Viaene l’explique: "cela ne doit pas nécessairement être les gestionnaires, bien qu’ils ne soient pas mal placés en termes d’indépendance pour faciliter la révolution des données dans le monde l’énergie. Un acteur objectif, contrôlé par les pouvoirs publics, a un rôle neutre. Cet organe neutre doit veiller à ce que tous les acteurs aient accès aux mêmes données de la même manière. Un monopole commercial sur les données entraînerait des conséquences néfastes pour le consommateur."

En outre, la transformation numérique mènera également à un revirement culturel chez les gestionnaires du réseau de distribution et à une nouvelle méthode de travail. Jorn De Neve commente: "L'accent ne sera plus mis sur la technologie, mais sur le client et les processus devant permettre de toujours mieux le servir."

Étude de la Vlerick Business School

De son côté, début 2016, la Vlerick Business School a mis en place une chaire dénommée Rising to the Power Grid Challenge, avec le soutien financier de KPMG. Un premier projet d'étude baptisé What every DSO (distribution system operator) should know about digital a déjà exploré le terrain. Dans ce cadre, 108 collaborateurs de gestionnaires du réseau de distribution ont été interrogés dans 24 pays européens. Grâce aux résultats obtenus, KPMG prodigue de meilleurs conseils aux gestionnaires de réseau et donc les prépare mieux à l'avenir. Ainsi les données et les analyses ont ouvert un éventail de nouvelles possibilités pour le secteur de l'énergie.

"Les gestionnaires de réseau sont encore en train d'apprendre leur nouvelle activité de fournisseur de données. Qu'implique par exemple la mise à disposition de ses données pour le développement d'applications innovantes ou de startups ambitieuses? Peut-on tout fournir? Cet apprentissage nécessitera encore plusieurs années. Notre étude permettra d'offrir un cadre à la transformation digitale des gestionnaires du réseau afin de les aider à évaluer au mieux leur futur rôle de data hub. Les premiers résultats seront publiés fin 2016", conclut Stijn Viaene.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés