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"Contre la panne d'innovation, il faut de la recherche fondamentale"

©Marco Mertens

Spécialiste du cerveau, le Pr Pierre Vanderhaeghen effectue à l'ULB des recherches approfondies sur cet organe, "sans doute l'objet le plus complexe de l'univers". Sa conviction: ce n'est qu'en comprenant intimement comment le cerveau fonctionne que l'on trouvera des remèdes aux maladies qui l'affectent.

"Pour moi, le manque de traitements efficaces contre la plupart des maladies graves du cerveau – notamment Parkinson et Alzheimer – découle d'une méconnaissance de cet organe", lance le Pr Pierre Vanderhaeghen. Ce médecin-chercheur est professeur à l'ULB, où il a cofondé l’Institut de neuroscience de l’ULB (UNI), et titulaire de la Chaire AXA "Neuroscience et Longévité".

"Il est donc crucial, pour notre avenir, de poursuivre nos recherches sur nos 'petites cellules grises' et ce qui les entoure", insiste-t-il. "Entre Newton et les alunissages de fusées, il s'est écoulé du temps. De même, les traitements contre le cancer ont stagné pendant des décennies, puis l'avancée des connaissances sur les secrets de nos cellules, de nos gènes, sur la biologie moléculaire, ont permis de faire émerger une nouvelle génération de médicaments."

Nous vivons dans une culture de l'immédiateté. Pourtant, une vision de long terme me paraît la vraie voie d'avenir.
Pr Pierre Vanderhaeghen
spécialiste du cerveau à l’ULB

"Pour le cerveau, c'est pareil. Cela peut être frustrant, je le reconnais: les patients et leur famille, les associations, les soignants, tout le monde aimerait disposer de solutions tout de suite. Nous autres acteurs de la recherche fondamentale aussi, d'ailleurs! Nous vivons dans une culture de l'immédiateté; pourtant, une vision de long terme me paraît la vraie voie d'avenir. Investir massivement dans la recherche fondamentale permettrait de mettre au jour des pistes que l'industrie pharmaceutique pourrait ensuite transformer en médicaments."

Chercheurs d’or

Le financement de cette recherche fondamentale devrait constituer une priorité à l'échelle de toute la société, estime le scientifique, qui appelle à un effort massif conjoint du public – mais aussi du privé, à l'instar des fonds alloués par l’AXA Research Fund.

"Nous travaillons comme des chercheurs d'or, espérant une pépite parmi les dizaines de mètres cubes de minerai que nous tamisons", illustre le Pr Vanderhaeghen. "Ainsi, les modèles reproduisant le cerveau humain, que nous avons développés à partir de cellules-souches pluripotentes, ont pu être conjugués aux modèles animaux. Et cela a permis de montrer que seuls nos neurones sont très affectés par les célèbres 'plaques amyloïdes' qui signent la maladie d'Alzheimer. Les cellules de souris semblent continuer à bien se porter. Donc la maladie est très spécifiquement humaine, elle participe à notre vulnérabilité par rapport aux autres espèces. On touche là à des dimensions presque philosophiques: dans notre cerveau, qu'est-ce qui fait de nous des humains?"