Logo
Echo Connect offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Le partenaire impliqué est responsable du contenu.

"La capacité à guider est l'une des compétences du futur"

©Marco Mertens

Choisir, c’est renoncer, et les jeunes d’aujourd’hui en sont parfaitement conscients. Ils préfèrent pourtant s’investir à 100% dans ce qu’ils veulent plutôt que de collectionner les demi-expériences. “C’est une chance pour les entreprises: mieux vaut proposer un produit adéquat que mille tentatives hasardeuses.”

Tom Palmaerts travaille depuis 11 ans chez Trendwolves. Ce spécialiste des analyses de tendances aide les entreprises à anticiper. “Nous ne sommes pas des futuristes. Nous nous concentrons sur les évolutions sociales chez les jeunes, afin de déterminer à quoi une banque doit ressembler pour les générations futures, mais aussi quels chocolats nous mangerons dans les années à venir.”

Nos habitudes alimentaires vous donnent-elles des indices sur la manière dont notre monde va évoluer?

“Aux États-Unis, le vin en canette est en plein essor. Une canette, c’est pratique, et la quantité est adaptée aux célibataires, un groupe en forte ascension. Ils n’ont ni le temps ni le besoin financier de nouer une relation, ou ils se montrent trop exigeants. S’ils rêvent peut-être d’une maison, d’un jardin et d’un enfant, ils ont été éduqués par des parents dont ce rêve a souvent explosé en plein vol. Et ils jouent avec la fluidité des genres; ils brisent les carcans sociaux. On remarque par ailleurs que la jeune génération n’a rien d’homogène. Par exemple, les médias consacrent beaucoup de reportages à ceux qui manifestent pour le climat, mais aucun grand groupe ne se distingue particulièrement.”

Cette nouvelle génération est-elle aisée à engager?

“Certainement pas. Elle est nettement moins loyale: elle vous juge sur ce que vous accomplissez aujourd’hui, non sur le bien que vous avez fait hier. Que vous soyez plus âgé ou situé plus haut dans la hiérarchie n’a aucune importance. N’oublions pas que ces jeunes ont dû expliquer à leurs professeurs comment fonctionnait le tableau numérique dans leur classe…”

Affirmer que votre entreprise est condamnée si vous n’embrassez pas la transformation numérique n’a aucun sens.

Tom Palmaerts
trendwatcher

“Il est possible de tendre une carotte aux trentenaires actuels, car cette génération est encore en recherche. Cela ne fonctionne plus avec la génération suivante. Elle a fait ses choix. Ce sont les entreprises qui doivent s’adapter, car eux ne s’adapteront pas à la structure d’une entreprise. Surtout les high potentials. La période unique dans laquelle ils vivent leur offre des myriades d’opportunités qu’ils peuvent très aisément saisir. Les entreprises doivent se battre pour leurs collaborateurs, au risque de les voir partir.”

Pour eux, le monde est-il plus que jamais un village?

“Les jeunes vivent dans un monde globalisé mais aussi dans des bulles. Apprendre est incroyablement à la mode; or, l’enseignement ne peut pas en profiter. Pourquoi? Parce que les jeunes apprennent les uns des autres. Ils utilisent YouTube pour voir comment d’autres accomplissent certaines tâches. À ce niveau, le global et le numérique se rejoignent. Bien que le phénomène reste encore très anglo-saxon, la Chine ne cesse de monter en puissance. Google Translate a abattu les barrières linguistiques. Les jeunes absorbent très vite.”

Pourtant, ils attachent beaucoup d’importance au niveau local…

“Absolument. Le dialecte est populaire, comme la musique dans sa propre langue. Ou tout ce qui est artisanal… jusqu’à ce qu’ils y distinguent un aspect marketing. Car cela, les jeunes ne l’acceptent plus. Ce n’est pas le fait qu’un produit vienne de Belgique ou d’un autre pays qui les intéresse, mais ce qu’il y a derrière. ”

“L’identité compte énormément. Que va-t-on montrer, que va-t-on cacher? Ils jonglent avec leurs profils Instagram: un public, un pour les amis. Ils sont conscients de qui voit quoi. Ils jouent avec le marketing et sont leur propre marque. C’est difficile à concevoir. Vous voulez devenir marin? Vous trouverez, quelque part dans le monde, quelqu’un qui vous expliquera comment procéder.”

Comment parviennent-ils à trouver leur voie?

“C’est plus compliqué. D’où le rôle crucial du tuteur, quelqu’un qui les aide à faire face à l’angoisse suscitée par l’obligation de poser des choix. Les jeunes de moins de 30 ans savent qu’ils ont une infinité de possibilités, même s’ils ont moins de peine que leurs prédécesseurs à s’engager dans une voie donnée. Ils sont plus conscients du fait que chaque choix est également un renoncement. Ils préfèrent être bons dans un aspect plutôt que vouloir maîtriser l’ensemble.”

“La capacité à guider est toutefois une compétence du futur. Y compris pour les marques. Il est préférable de proposer un produit adéquat que mille tentatives hasardeuses. Les jeunes n’ont pas le temps. Et c’est une chance pour les entreprises et les dirigeants politiques. Accompagner, guider, inspirer… Les prochaines générations ne succomberont pas aux beaux discours: elles vous jugeront sur vos réalisations.”

Êtes-vous optimiste pour l’avenir?

“La plupart des observateurs de tendances le sont naturellement. C’est moins mon cas. Le passé était merdique et le futur le sera aussi. Néanmoins, je déteste les gourous qui annoncent sans cesse que le monde est sur le point de s’effondrer. Affirmer que votre entreprise est condamnée si vous n’embrassez pas la transformation numérique n’a aucun sens. J’aime cette contradiction. Je suis persuadé qu’il y a des solutions à trouver en marge de notre société, dans le bright underground.”

Lire également
Logo
Echo Connect offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Le partenaire impliqué est responsable du contenu.