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"Le burn-out n'est pas un syndrome générationnel"

©Marco Mertens

“La prochaine génération sera la première à être joignable jour et nuit”, prédit Lode Godderis, professeur en médecine du travail à la KU Leuven. Sera-t-elle également la “génération burn-out”? Entretien autour de la résilience des jeunes et de la pression croissante à laquelle ils sont confrontés.

Les burn-out sont de plus en plus fréquents, reconnaît le Pr Lode Godderis. “L’augmentation du nombre de cas coïncide avec l’arrivée de millennials sur le marché du travail. Certaines publications parlent ainsi d’une ‘génération burn-out’. Or, le burn-out n’est pas un syndrome générationnel. Un emploi qui ne convient pas est rapidement source de stress. Que l’on ait 23 ans ou 46 ans.”

Qu’est-ce qui unit les jeunes qui commencent à travailler aujourd’hui?

“Le travail est moins central pour les millennials que pour la génération précédente. Ils sont moins loyaux et attachent davantage d’importance au temps et au temps libre. Les ambitions et valeurs personnelles sont cruciales à leurs yeux. En soi, c’est positif. Car ce sont des armes contre la surcharge et le burn-out. Ceci dit, les millennials sont aussi des digital natives: ils ne connaissent pas la vie sans l’internet, les smartphones, l’e-mail et les médias sociaux. La numérisation s’adjuge une grande part de leur attention. Cette génération est peut-être la première à être joignable 24 heures sur 24. Le plus grand défi est de conserver l’équilibre entre travail et vie privée.”

Le contexte social plus large joue-t-il un rôle?

“Absolument. Nous recherchons de plus en plus de gratifications instantanées. Nous achetons quelque chose en ligne? Le colis doit être déposé le lendemain matin devant notre porte. De telles attentes accroissent la pression sur les travailleurs. Tout doit aller plus vite. Les gens doivent traiter davantage d’informations dans un délai réduit, tandis que les nombreuses distractions empêchent une concentration en profondeur. Cela consomme énormément d’énergie. Et cette tendance se renforcera au cours des années à venir.”

“Un travailleur sur trois est confronté à une charge de travail élevée, révèlent les enquêtes. Cette proportion, que l’on retrouve dans presque tous les secteurs, est resté relativement stable ces cinq dernières années. Pourtant, je crains que cette pression continue d’augmenter.”

Selon la plupart des études, 5 à 6% des travailleurs courent un risque élevé de burn-out.

Lode Godderis
professeur en médecine du travail à la KU Leuven

Comment les organisations peuvent-elles préserver les travailleurs du burn-out?

“Elles doivent investir dans le person-job fit, la correspondance entre les attentes et le contenu d’une fonction. C’est une responsabilité partagée, cependant. L’organisation doit avoir une vision et savoir comment un collaborateur peut y contribuer. Et les collaborateurs doivent développer leur propre vision du présent et de l’avenir. Une fois ces conditions remplies, il sera possible d’établir un dialogue ouvert sur la manière dont une collaboration peut répondre aux attentes et besoins de chacun. Des décisions conjointes sur une carrière et les façons de lui donner du sens constituent une arme puissante contre le burn-out.”

Quelle est la proportion de travailleurs réellement exposés à un risque de burn-out?

“Selon la plupart des études, 5 à 6% des travailleurs courent un risque élevé. Ils conjuguent les trois signaux: épuisement émotionnel, sentiment de compétences professionnelles réduites et éloignement mental croissant du travail. Si nous abaissons un peu la barre – à deux déterminants plutôt que trois – 15 à 16% des travailleurs se retrouvent exposés à un risque de burn-out.”

Pourrons-nous un jour totalement éradiquer le burn-out?

“Cela me semble peu réaliste. Néanmoins, il est important de prêter attention aux indices de stress, chez soi-même et dans son entourage. Souvent, les proches d’un individu reconnaissent a posteriori qu’ils avaient vu arriver le burn-out. N’attendez pas et discutez immédiatement de la situation! En outre, nous attendons beaucoup des wearables et autres biomarqueurs. Ils peuvent fournir de précieuses informations autour de paramètres comme le rythme cardiaque, et suivre l’évolution des hormones du stress dans le sang.”

Que faire quand une personne est victime de burn-out?

“Sachant qu’un travailleur souffrant d’un burn-out est absent six à huit mois en moyenne, on peut être pessimiste quant à son retour. Car tant le collaborateur que ses collègues commencent à prendre un nouveau rythme après trois mois d’absence. Et la crainte du retour ne fait que s’accroître. Maintenir le contact est un bon début, mais l’organisation doit tout mettre en œuvre pour éliminer les causes. Ce n’est possible que si elle est consciente des activités qui sont source ou consommatrices d’énergie, mais aussi des talents et des motivations. Pour résumer, le mot-clé est ‘dialogue’.”

En guise de conclusion, quel conseil donneriez-vous aux jeunes travailleurs?

“Soyez très explicite pour tout ce qui touche à vos attentes. Ne pensez pas que votre supérieur hiérarchique évalue forcément la situation à la perfection. Prenez l’initiative d’un entretien. Arrêtez-vous régulièrement pour réfléchir à ce que vous voulez faire de votre carrière. Protégez vos temps libres. Et ne vous accrochez pas inutilement à un emploi dont vous savez pertinemment qu’il ne vous convient pas.”

Ce qu’est le burn-out (et ce qu’il n’est pas)

Le burn-out n’est pas une maladie ou une pathologie, mais un syndrome. Il diffère également de la dépression. Toutefois, les avis divergent sur ce qui caractérise précisément le burn-out. Lode Godderis se concentre sur trois signaux: épuisement émotionnel, sentiment de ne plus pouvoir exercer son emploi convenablement et éloignement mental croissant du travail.

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