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"Les boissons gratuites ne sont pas la solution"

©Marco Mertens

Après une expérience professionnelle dans une multinationale, Zhong Xu, spécialiste gantois des logiciels, a créé sa propre entreprise. Sa motivation? Donner davantage de sens à son travail et à sa vie. Et il applique cette philosophie à tous ses collaborateurs.

Après des études d’informatique à l’Université de Gand, Zhong Xu a été recruté en 2010 par EVS Broadcast Equipment, le leader mondial des technologies de traitement d’image en direct. Même s’il appréciait son travail, une question le taraudait: “Ne pourrais-je pas profiter davantage de la vie en faisant autre chose que gérer des projets?”

Cette question, Jan Hollez, condisciple et collègue de Zhong Xu chez EVS, se la posait également. Ils ont décidé de chercher ensemble une réponse. Et l’ont trouvée dans la création de leur propre start-up. En 2012, le duo a fondé POISOS autour d’une application de caisse enregistreuse mobile pour l’horeca, qui permet aux exploitants de contrôler leurs ventes en temps réel.

Après six mois en moyenne, les jeunes de ma génération demandent une nouvelle fonction ou de nouvelles tâches.
Zhong Xu
entrepreneur

“Nous voulions développer un outil recelant une valeur ajoutée pour notre économie. C’est le cas de notre système de caisse sur tablette, qui offre aux exploitants d’établissements horeca un meilleur suivi de leur chiffre d’affaires. Résultat: une efficacité accrue pour eux-mêmes, leur personnel et leurs clients.”

Pas le temps d’entreprendre

POISOS a séduit rapidement des centaines d’exploitants avec son système de caisse “cloud” pour tablettes et smartphones. En 2014, la start-up a fusionné avec l’entreprise canadienne Lightspeed et Zhong Xu s’est vu confier le poste de Global Director Hospitality.

“Tout d’un coup, je me suis retrouvé dans une entreprise mondiale et j’ai compris que ce serait un défi de conserver l’ADN de POISOS. Pour la bonne gestion de la société, nous avons créé plusieurs niveaux hiérarchiques, avec comme conséquence la multiplication des réunions. À un moment donné, nous n’avions plus suffisamment de temps pour entreprendre. Je me suis donc posé des questions sur le sens de ce travail.”

Fin septembre, Zhong Xu et Jan Hollez ont quitté Lightspeed. “Ce fut une décision difficile. D’une part, nous étions confortablement installés dans une ‘cage dorée’ en croissance et financièrement performante, mais d’autre part, il nous manquait un véritable objectif dans notre travail.”

Le talent exige du sens

Zhong Xu et Jan Hollez sont tous deux des millennials. Cela explique peut-être leur recherche de sens dans ce qu’ils entreprennent. “Nous appartenons à une génération par nature plus ‘agitée’. Les millennials cherchent en permanence de nouveaux défis. Nous l’avons remarqué quand nous avons recruté des collaborateurs de notre génération. Après six mois en moyenne, ils demandaient une nouvelle fonction ou de nouvelles tâches. Les autres générations cherchent aussi un sens, mais – du moins pour ce que j’ai pu constater – elles sont plus facilement satisfaites avec une simple augmentation salariale.”

La fixation de limites strictes peut donner un sentiment de sécurité au management, mais elles se traduisent souvent par du gaspillage de talent.
Zhong Xu
entrepreneur

“J’estime que les employeurs doivent laisser suffisamment d’empowerment à leur personnel. La fixation de limites strictes peut donner un sentiment de sécurité au management, mais elle se traduit souvent par du gaspillage de talent. Il faut laisser les collaborateurs prendre des décisions en fonction de leurs compétences. S’ils se trompent, ils en tirent des leçons. Cela donne plus de sens à leur travail. Proposer des emplois qui n’ont pas de sens à des personnes de talent est le meilleur moyen de les voir quitter rapidement l’entreprise!”

La fin des petits rouages

Reste la question de la création de sens pour les collaborateurs. En tout cas, cela ne se fera pas en leur offrant des boissons ou des snacks gratuits dans un environnement design, affirme Zhong Xu. “C’est à la mode mais cela ne résout rien. Il vaut mieux leur offrir un accompagnement de qualité au sein de petites équipes multidisciplinaires.”

“Dans chaque équipe, un coach veille sur la structure. À côté de cela, chacun fait ce qu’il veut. Les collaborateurs ont la responsabilité et la liberté de donner eux-mêmes un sens à leur travail. Ils peuvent essayer plusieurs postes. Un designer peut s’occuper d’une partie du marketing, tandis qu’un développeur apportera une aide technique aux clients. Chacun comprend ce qu’il fait, ce que fait l’entreprise, et ce que cela signifie pour le monde extérieur. Les collaborateurs ne sont plus les petits rouages d’une grande machine: ils constituent une part importante de l’organisation.”

Les gens veulent des expériences amusantes

Aujourd’hui, Zhong Xu et Jan Hollez s’occupent activement de Deliverect, une nouvelle société avec laquelle ils comptent séduire les exploitants horeca d’ici à la fin de l’année. Leur logiciel simplifie les commandes en ligne et la livraison de repas. “Nous proposons une plateforme centrale qui regroupe toutes les commandes, qu’elles viennent de Deliveroo, Uber Eats, Glovo, Foodpanda… Actuellement, les exploitants utilisent une tablette spécifique pour chaque canal.”

Résultat? “Les restaurateurs gagneront du temps et leurs clients bénéficieront d’un meilleur service. Chez Deliverect, nous travaillons selon le même principe avec nos sept collaborateurs. Personne ne se trouve confiné dans une ‘case’. Nous travaillons tous ensemble afin que chacun sache ce que fait l’entreprise et pour qui. Nous ne considérons pas nos clients comme des numéros, mais comme des restaurateurs qui servent des repas à des personnes en chair et en os. Lorsque vous avez intégré cette approche, vous comprenez à quel point il est important que l’usage de notre logiciel soit une expérience positive pour nos clients.”