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"N'y a-t-il donc pas de mauvaise école chez nous?"

©Marco Mertens

Au fil de l’histoire, l’homme a développé de plus en plus de compétences… du moins jusqu’à ce jour. “Nous nous trouvons à une intersection: une nouvelle génération arrive, qui accuse un certain retard cognitif”, affirme le psychologue spécialisé Wouter Duyck.

Le spécialiste gantois de l’enseignement fait entendre une voix très critique dans le débat sur l’éducation. La perte de qualité de l’enseignement flamand est imputable, selon lui, à la “culture de la médiocrité”. “Nous voudrions placer tout le monde sur un pied d’égalité. C’est une idée noble, mais nous avons aussi besoin d’étudiants qui se distinguent de la masse.” 

Comment expliquer cette situation?

“Nous accordons trop peu d’attention à la recherche de talents. Parallèlement, on ne peut nier que la Flandre investit beaucoup dans l’égalité des chances. À juste titre, même si cette tendance a évolué vers l’affirmation naïve selon laquelle tous les enfants doivent pouvoir faire la même chose et obtenir des résultats identiques. Dans la pratique, cela signifie que notre enseignement manifeste des ambitions bien trop faibles à l’égard des élèves. Les étudiants doués sont en quelque sorte sanctionnés par les plus faibles.”

“Les économistes ont analysé ce problème: si le QI de la partie la plus intelligente de la population augmente d’un point, le PIB par habitant progresse de 468 dollars. En Flandre, hélas, les meilleurs élèves sont dramatiquement en recul. Il existera toujours de très bons élèves, pense-t-on. À tort! Voici 15 ans, un élève flamand sur trois appartenait au sommet européen. Aujourd’hui, un sur cinq seulement pointe au classement.”

Vous plaidez donc pour une différentiation plus précoce?

“Je lis de plus en plus d’appels en faveur de mesures pour déstresser les enfants avec, à la clé, une suppression pure et simple des interrogations. Il est devenu presque intolérable de défendre les compétences cognitives et intellectuelles! Elles représentent pourtant un indicateur plus fiable des prestations d’apprentissage que n’importe quel autre facteur. Et ce sont des compétences simples à tester.”

Je lis de plus en plus d’appels en faveur de mesures pour déstresser les enfants. Il est devenu presque intolérable de défendre les compétences cognitives et intellectuelles!
Wouter Duyck
psychologue cognitif

“Du reste, elles sont aussi plus malléables. Ce caractère peut être renforcé par une différentiation suffisamment précoce. Quel sens y a-t-il à faire lire Kant à un enfant de 12 ans dont les compétences cognitives sont moins développées? Cet enfant aura plus de chances d’évoluer positivement si l’enseignement qui lui est proposé est à son niveau. Plus vite on corrige le tir, plus les bénéfices sont grands.”

Comment améliorer la qualité de l’enseignement?

“Tout d’abord en sensibilisation l’opinion quant à la nécessité de nourrir de grandes ambitions. Les élèves dont on attend davantage ne sont pas moins heureux.”

“Ensuite, en plaçant les enseignants devant leurs responsabilités. Ils ne reconnaissent pas le problème de la baisse des résultats, alors même que l’ensemble des partis politiques voient un problème dans la chute qualitative de l’enseignement. Qu’en dit Lieven Boeve, responsable de l’enseignement catholique? Que le problème se situe au niveau des objectifs imposés par l’État aux organes coordinateurs de l’enseignement. Les études démontrent que la moitié des élèves n’atteignent pas ces objectifs.”

“C’est la raison pour laquelle je plaide en faveur d’un examen central. Cela crée un double incitant. Les écoles sont encouragées à obtenir un bon score, tant pour leurs élèves vulnérables que pour les bons élèves – les prestations d’étude moyennes devraient en conséquence s’améliorer. En outre, l’examen central offre une solution au manque total de contrôle de qualité de l’enseignement. En Flandre, nous ne fermons jamais d’école. Comment est-ce possible? N’y a-t-il donc pas de mauvaise école chez nous?”

“Enfin, nous devons supprimer le premier degré élargi. Celui-ci s’adresse à une minorité d’élèves qui ne feraient pas le bon choix. Or, la majorité des élèves savent très bien ce qu’ils veulent!”

Le constat est-il identique côté francophone?

“Bientôt, tous les élèves auront les mêmes matières jusqu’à leur 15e anniversaire. Tout le monde aura deux heures de latin par semaine. Ce qui témoigne d’un immense mépris pour les étudiants qui préfèrent d’autres matières. Et l’on ne peut donner, aux élèves qui suivent d’autres orientations, l’impression qu’un six sur dix suffit.”

Tout comme le secteur de l’entreprise, l’enseignement est pris dans une véritable guerre des talents. Comment régler ce problème?

“Il convient de revaloriser la profession enseignante. Il faudrait davantage d’universitaires, y compris en primaire. Par ailleurs, des mesures doivent être prises pour maintenir les enseignants dans le secteur. Quelque 44% des enseignants débutants jettent l’éponge dans les cinq années qui suivent leur prise de poste. Et qu’est-ce qui les dérange le plus? Pas leur salaire, même si les matières en pénurie pourraient être mieux rémunérées. Tout comme un bon IT gagne davantage que son collègue des ressources humaines… Les enseignants qui quittent le secteur sont surtout démotivés par les conditions de travail. Ils veulent pouvoir se concentrer sur l’enseignement sans perdre de temps en tâches administratives qui ne servent à rien.”

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