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“La Belgique peut-elle devenir la Silicon Valley de la mer du Nord pour les entreprises technologiques?”

Jürgen Ingels et Thomas Depuydt, Smartfin, avec Robrecht Coppens, Loyens & Loeff

“La Belgique est the place to be pour les entreprises technologiques nourrissant des ambitions internationales, à condition que le système fiscal de notre pays reste stable et attrayant”, déclare Robrecht Coppens, Partner Corporate/M&A et Private Equity au sein du cabinet d'avocats Loyens & Loeff, dans une interview podcast avec Jürgen Ingels et Thomas Depuydt, du spécialiste du capital-risque Smartfin.

Smartfin est un fonds de capital-risque belge investissant principalement dans des entreprises européennes de technologie B2B opérant dans divers secteurs. Environ 80% des investissements sont concentrés dans le Benelux. “Nous avons deux types de fonds”, précise Jürgen Ingels, associé fondateur de Smartfin.

“Avec nos fonds de capital-risque, nous investissons de manière ciblée dans de jeunes entreprises ayant une croissance prometteuses. Et avec nos fonds de capitaux, nous investissons des tickets de 5 à 10 millions, qui peuvent aller jusqu'à 50 millions d'euros, dans de grandes entreprises, jusqu'à leur introduction en Bourse ou leur vente.”

Le capital-risque en Belgique

Par rapport aux pays voisins, le capital-risque – ou venture capital, soit l’investissement dans de jeunes entreprises  souvent innovantes et à forte croissance– est encore une industrie balbutiante en Belgique. Cette nouveauté se remarque au travers de plusieurs éléments, à commencer par le nombre d'opérateurs sur le marché, la taille des fonds présents et le type d'investisseurs.

Pour que la Belgique maintienne ou renforce son attractivité, les conditions dans notre pays doivent permettre une bonne croissance des entreprises.

Jürgen Ingels
associé fondateur de Smartfin

“Toutefois, la situation évolue progressivement”, note Robrecht Coppens. “Force est de constater que de nouveaux fonds apparaissent rapidement et qu'ils ont une appétence considérable pour les investissements dans les entreprises belges en croissance, notamment. Une bonne part de ces liquidités se concentrent sur nos entreprises technologiques.”

“Il est vrai que la Belgique peut être particulièrement fière de son secteur technologique, qui a vu naître voici peu plusieurs licornes – il suffit de penser à Odoo, Collibra et Deliverect”, poursuit Robrecht Coppens.

Nous coopérons activement avec les entreprises dans lesquelles nous investissons. Nous les aidons et les accompagnons, sans les gêner.

Thomas Depuydt
Managing Partner chez Smartfin

“La Belgique est à l’avant-garde dans ce secteur depuis au moins 20 ans, mais une véritable accélération a été constatée récemment. Cela s'explique peut-être en partie par le fait que le seuil de création d'une entreprise technologique est nettement plus bas désormais, et que de nombreux développements et innovations technologiques ont lieu dans le cloud.”

“Dans le monde entier, la tendance consiste en effet à lancer de nouvelles entreprises technologiques et d'y investir, fréquemment avec des rendements intéressants – Smartfin en est un excellent exemple”, prolonge Thomas Depuydt, Managing Partner chez Smartfin.

Ce dernier n’est pas un investisseur passif qui place ses billes et attend quatre ans pour obtenir un rendement: “Nous coopérons activement avec les entreprises dans lesquelles nous investissons”, précise Thomas Depuydt. “Nous les aidons et les accompagnons, sans les gêner. Il s'agit donc d'un processus bilatéral, dans lequel Smartfin établit une relation solide avec les entreprises partenaires, ainsi qu'avec les actionnaires qui co-investissent dans ces entreprises par son biais.”

Handicaps structurels

Si la Belgique demeure un formidable vivier pour les entreprises technologiques, elle présente malgré tout quelques handicaps structurels généraux – la fiscalité et les rémunérations en tête – qui rendent le climat d'investissement moins favorable que dans d'autres pays.

L'année dernière fut exceptionnelle dans le paysage des acquisitions, les valorisations des entreprises ayant atteint des sommets sans précédent.

Robrecht Coppens
Partner Corporate/M&A et Private Equity chez Loyens & Loeff

“Il suffit de penser à des sujets très actuels comme l'indexation automatique des coûts salariaux, la suppression ou l'adaptation éventuelle des avantages fiscaux liés à la rémunération par les droits d'auteur – qui s'applique aussi, et heureusement, aux développeurs de logiciels – ainsi que l'attention particulière accordée par les autorités fiscales à la rémunération des gestionnaires de fonds, le fameux carried interest”, illustre Robrecht Coppens.

“Nous devons faire face à la concurrence d'industries établies au Royaume-Uni, en Israël et aux États-Unis”, embraie Jürgen Ingels. “Pour que la Belgique conserve ou renforce son attractivité, les conditions dans notre pays doivent permettre une bonne croissance des entreprises. Il est regrettable que la fiscalité belge menace parfois de changer alors qu'une entreprise est en pleine croissance, car cela nuit à la stabilité.”

“N'y a-t-il pas un risque de délocalisation de certaines entreprises vers un autre pays?”, s'interroge Robrecht Coppens. “Les entreprises technologiques et cloud peuvent en effet franchir ce pas assez facilement. Nous venons d’apprendre que Collibra pourrait avoir des projets de déménagement aux Pays-Bas, notamment parce que le cadre fiscal belge autour des plans d'options pour les employés ne serait plus adapté aux normes internationales en vigueur.”

“Si le gouvernement crée une incertitude en matière de fiscalité et de rémunération, les conséquences sont évidemment réelles”, acquiesce Thomas Depuydt. “Une entreprise en croissance qui veut embaucher 50 personnes l'année prochaine décidera du nombre de nouveaux employés qui peuvent commencer à travailler en Belgique ou dans d'autres pays sur cette base. C'est déjà un débat permanent au sein des conseils d'administration.”

Jürgen Ingels attire quant à lui l'attention sur les atouts uniques de notre pays, par exemple le vivier d'ingénieurs et d’autres experts qualifiés. “Beaucoup de talents continuent à vivre et à travailler dans notre région, près de chez eux. C'est une force que nous devrions mieux exploiter.”

Opportunités de marché

En cette fin de 2022, il ne fait aucun doute que le climat économique mondial est complètement différent de celui qui prévalait un an plus tôt. “L'année dernière fut exceptionnelle dans le paysage des acquisitions, les valorisations des entreprises ayant atteint des sommets sans précédent”, avance Robrecht Coppens.

“Alors que les vendeurs et les gérants d'entreprises technologiques ont longtemps été maîtres du processus de vente ou d'investissement et de ses conditions, l'équilibre semble se rétablir. En outre, la frénésie d’achat à laquelle nous avons assisté pendant la crise du Covid-19 semble être largement terminée, et les valorisations paraissent se normaliser.”

Robrecht Coppens se demande toutefois de quelle façon les investisseurs technologiques considèrent maintenant le marché, à une époque où les grandes entreprises technologiques telles que Meta, Amazon et Twitter annoncent d'importantes séries de licenciements et voient leurs valorisations s'évaporer.

Selon Smartfin, la crise économique offre de nombreuses possibilités d'investir dans des entreprises technologiques intéressantes. “Aujourd'hui, vous pouvez acheter des entreprises avec une décote de 70 à 80% par rapport à l'année dernière: elles étaient alors trop chères, mais elles sont probablement trop bon marché pour le moment”, assure Jürgen Ingels. “C'est plus vrai que jamais pour les entreprises-plateformes, que nous visons avec notre troisième fonds de croissance.”

Les entreprises-plateformes construisent une sorte d'infrastructure au sein de leur marché: c'est le cas de Deliverect dans la restauration et de Silverfin dans la comptabilité. “Nous investissons massivement dans ces projets maintenant, pour les développer dans cinq ans par le biais de fusions et d'acquisitions et pouvoir les vendre dans dix ans.”

En d'autres termes, le moment est parfait pour investir. L'ambition des spécialistes du capital-risque de Smartfin pour la décennie à venir est claire: “Nous aimerions avoir aidé plusieurs entreprises à atteindre le statut de licorne”, conclut Jürgen Ingels. “Je pense que la création de telles entreprises en Belgique est nécessaire pour l'emploi de nos enfants et de nos petits-enfants.”

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