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L'Europe contraint les entreprises de traitement des déchets à innover

©Indaver

"Le déchet n’est qu’une des phases du cycle de vie d’un produit", souligne Paul De Bruycker, CEO de l’entreprise de traitement des déchets Indaver. "Le défi consiste à en extraire des matières premières qu’on ne pourra distinguer des ‘versions originales’." Ce défi est très réel. L’Europe veut en effet que nous recyclions 70% de nos déchets d’ici à 2030.

"Nous avons eu la chance de surfer sur le rôle de pionnier qu’a joué la Belgique et qu’elle joue encore", souligne Paul De Bruycker pour expliquer le leadership technologique d’Indaver en Europe. "La Belgique a toujours investi massivement dans l’organisation du recyclage, puis dans l’économie circulaire. La collecte sélective nous a apporté un approvisionnement stable de déchets. Cela nous a incités à retirer le plus de valeur possible de chaque kilogramme qui nous était livré."

Spécialisée dans la gestion durable de déchets industriels et dangereux, Indaver est également un partenaire des autorités locales pour le traitement des déchets ménagers. Outre la Belgique, l’entreprise est active en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Irlande. Elle réalise un chiffre d’affaires annuel dépassant 550 millions d’euros et emploie plus de 1.600 personnes.

Mieux exploiter les déchets

Les entreprises de traitement des déchets sont sous pression: des progrès technologiques s’avèrent indispensables après que l’Europe a fixé des objectifs ambitieux, et notamment un taux de recyclage de 70% d’ici à 2030. Le secteur est sur la bonne voie, estime cependant Paul De Bruycker. "Ces dernières années surtout, de grandes avancées ont été accomplies dans la technologie de la séparation et l’automatisation. Nous avons également investi dans la combinaison intelligente et, autant que possible, l’amélioration des technologies existantes afin de mieux exploiter les déchets collectés."

L’organisation générale du recyclage a permis le tri des déchets que nous pouvons réutiliser et retraiter, mais il n’y a toujours pas de grande percée innovante ouvrant la voie à une économie circulaire
Paul De Bruycker
CEO d’Indaver

Le CEO d’Indaver cite à ce sujet le tri des emballages: "Auparavant, les sacs Fost Plus étaient principalement triés à la main; l’opération est presque totalement automatisée, désormais. Cela favorise non seulement l’hygiène, mais aussi la qualité des matériaux triés. Autre exemple, le biogaz produit par le processus d’épuration innovant atteint la qualité du gaz naturel. Il peut donc être réinjecté dans le réseau ordinaire."

Résultats rapides

La position d’Indaver, à la pointe de la technologie en Europe, ne signifie pas qu’elle a tout imaginé elle-même. "Aux Pays-Bas, on dit parfois qu’il vaut mieux bien voler que mal imaginer", sourit Paul De Bruycker. "En définitive, il s’agit avant tout d’utiliser intelligemment les nouvelles technologies. En Belgique, nous avons les pieds sur terre: nous ne sommes pas des rêveurs, nous agissons. Chez Indaver, nous voulons obtenir des résultats assez rapidement, et nous utilisons dès lors la technologie dès qu’elle est disponible. Cela nous distingue des pays qui réservent souvent des budgets considérables pour l’innovation, mais où l’on veut d’abord être absolument certain qu’elle fonctionne avant de la lancer sur le marché. Nous osons poursuivre le développement en chemin."

Quels sont les grands défis qui préoccupent aujourd’hui le gestionnaire de déchets? "L’organisation du recyclage a mené à un tri des déchets de qualité, que nous pouvons à nouveau utiliser et transformer", répond le CEO. "Mais il n’y a pas encore eu de grande percée innovante ouvrant la voie à une économie circulaire."

Matériau vierge

L’économie circulaire est centrée sur la durabilité et la création de valeur, explique Paul De Bruycker. "Du côté de la création de valeur, il est avant tout question de qualité. Dans l’économie circulaire, nous devons faire en sorte qu’il soit impossible de distinguer les produits que nous retirons des matériaux recyclés et mettons sur le marché, de ceux qui sont fabriqués avec des matériaux ‘vierges’. Cela exige encore beaucoup de progrès technologiques."

Indaver ne reste toutefois pas les bras croisés. "Nous investissons beaucoup dans le plastics-to-chemicals, par exemple", illustre le CEO. "Nous voulons utiliser les flux de plastiques collectés pour produire des matières premières de nouveaux produits chimiques."

À Dunkerque, l’entreprise construit par ailleurs une installation de production d’acide chlorhydrique à partir de flux de déchets. Cet acide doit avoir la même qualité que le produit original acheté par les clients auprès d’entreprises chimiques. "C’est un bel exemple d’économie circulaire parce que l’installation est à la fois durable et compétitive."

Connotation négative

Le terme de "traitement des déchets" est-il encore approprié dans cette économie circulaire? "Il souffre d’une connotation négative dont nous devons nous défaire", reconnaît Paul De Bruycker. "Le déchet n’est qu’une phase dans le cycle de vie d’un produit. Les entreprises comme la nôtre auront une fonction totalement différente dans l’économie circulaire. D’une part, il faudra atteindre des quantités de matériaux suffisantes pour pouvoir les traiter et les mettre à disposition des acteurs qui souhaitent les réutiliser comme matière première. D’autre part, nous devons assurer le prétraitement des déchets entrants et donc en extraire tous les éléments indésirables et nocifs. Nous évitons ainsi un risque de contamination dans la chaîne de production ou la chaîne alimentaire lors de l’utilisation ultérieure de ces produits."

De nombreuses personnes assimilent encore le traitement des déchets à l’incinération. Dans la pratique, pourtant, à peine plus de 40% des déchets sont brûlés en Belgique. L’incinération n’en reste pas moins essentielle dans la gestion des déchets, nuance Paul De Bruycker, qui ne comprend pas l’attitude si négative des mouvements environnementaux à ce propos. "Je suis plus que jamais convaincu que le waste-to-energy occupe une position centrale dans une gestion durable des déchets. Le recyclage est certes prioritaire, mais il est possible de récupérer de l’énergie à partir d’éléments non recyclables. En outre, l’amélioration constante des techniques de séparation nous permet d’extraire les métaux et les composants minéraux des cendres sous foyer, et ainsi de fermer un nouveau maillon de la chaîne."

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