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Peut-on se permettre d’avoir un robot à son chevet?

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 © Peter De Schryver

 © Peter De Schryver

Si l’on en croit les techno-prophètes, dans un futur proche les robots remplaceront les aides soignants, les ordinateurs poseront les diagnostics et votre salon deviendra votre chambre d’hôpital. Oui, la part de la technologie dans les soins de santé est grandissante, ce qui crée de nouvelles opportunités. Il convient pourtant de nuancer ce propos.

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Nous sommes submergés de ‘smart devices’ qui surveillent notre santé. Les patients gèrent eux-mêmes leurs données, une tâche qui incombait jadis au personnel soignant. Le patient a le pouvoir de devenir co-décideur de son parcours de soins, avec pour corolaire un traitement mieux adapté à son contexte personnel et à ses préférences. Le transfert de données au sein de notre système de santé est pourtant loin d’être une évidence, car la confidentialité pose question. Quand vous soumettrez des données à votre médecin, celui-ci voudra s’assurer qu’il s’agit bien des vôtres.

Quelles applications mobiles sont-elles suffisamment fiables pour servir de base à un véritable diagnostic? Ces données peuvent-elles êtres reprises dans le dossier médical numérisé du patient? Comment ce dossier est-il partagé? Il faut clairement définir un cadre juridique. La numérisation des soins de santé et le partage de données exigent aussi un autre financement. Plus le nombre de données disponibles en ligne est grand, plus on peut en tirer des informations: c’est le principe des big data. Médecins généralistes, pharmaciens, mutuelles… tous sont assis sur une mine d’informations qui valent de l’or pour la recherche clinique.

Si l’on veut pouvoir les utiliser, il faut les introduire de manière structurée, codée et uniformisée dans les dossiers des patients, ce qui exige une discipline et une standardisation dont on ne pouvait que rêver à l’ère du dossier médical sur papier. Ces dernières décennies ont vu exploser les progrès scientifiques en matière de médecine, avec une tendance nette pour la sousspécialisation. Les ordinateurs deviennent de plus en plus un outil pour appréhender la complexité clinique. Watson, le programme informatique d'intelligence artificielle conçu par IBM, fournit déjà, dans certains cas, de meilleurs diagnostics qu’un médecin. On s’attend donc à voir des médecins se faire assister par ce type de programme d’expertise. Leur métier évoluera; la distance physique entre les spécialistes deviendra moins prépondérante. Les nouvelles technologies sont souvent synonymes d’appareils médicaux coûteux.

C’est ce qui pose la question de la viabilité financière de ces spécialisations de plus en plus poussées. Par ailleurs, la médecine s’est internationalisée. Ceux qui peuvent se le permettre vont se faire soigner à l’étranger. Le système de soins de santé à deux vitesses nous attend au tournant. L’investissement dans les technologies médicales de pointe doit rester possible. Les hôpitaux doivent s’accorder sur la gestion des tâches et la création de réseaux doit permettre d’avoir une offre plus efficace.

Toutefois, il faut repenser fondamentalement le financement de la technologie au sein de notre système de santé. Aujourd’hui, l’État ne finance que 10% du budget total des TIC des hôpitaux et c’est intenable. Pour conclure, seront-nous un jour soignés par des ordinateurs? Une piste de réponse nous a été fournie par un rapport du Centre fédéral d’expertise des soins de santé: "Les avantages de la chirurgie robotique dépendent en grande mesure des capacités chirurgicales et de l’expertise professionnelle de l’équipe qui procède à l’intervention."

Peter Degadt,
Administrateur délégué de Zorgnet-Icuro

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